Liv. I, 78; II
LA VIE ET LES SENTIMENTS DE LUCRÈCE. 35 de celle éloquence animée par une indignation toujours nouvelle, on ne peut s’empêcher de penser que lui-même, quelque assuré qu’il fût dans sa doctrine, n’avait juis été toujours exempt de terreurs, et que son imagination, jadis fortement ébranlée, n’était pas entièrement remise de son trouble. Il ne parle pas comme un philosophe qui discute, mais comme un visionnaire encore ému au sortir d’une lutte contre des fantômes, et qui, s'en étant debarrassé, apprend aux hommes le moyen de s’en délivrer à leur tour. La violence de ses affirmations, l’amertume de son dédain peuvent bien témoigner d'une raison convaincue, mais non pas d’un coeur rasséréné. Le calme est venu après la tempête, mais on croit apercevoir encore dans le lointain les nuages fuyants 1 .
A cette haine de la superstition, à celle horreur de l’ambition et de l’amour, à cette fatigue d -s passions, il faut peut-être ajouter une maladie morale qu’il n’est pas facile de décrire, parce qu’elle n’a pas de caractères constants, et (pi on peut nommer pourtant d’un seul mol : l’ennui. Cette mélancolie dont notre siècle réclame le privilège, dont il s’est paré comme d’une nouveauté intéressante, et dont la description passionnée remplit, depuis Chateaubriand, nos romans et notre poésie ly rique, n’a pas