‹ Le poeme de Lucrèce morale, religion, science (volume 3)Chapitre 16 sur 104 · I. Liv. III · texte numérisé non relu

I. Liv. III

N'est-il pas permis de penser ici que Lucrèce se rappelle d’anciennes misères qu'il a traversées et qu’il fait la confession involontaire de ses troubles passés ? Assurément , la sombre couleur des tableaux, le ton résolu du conseil avertissent que le poète ne traite pas ce sujet avec indifférence. Aurait-il, à propos de l’ennui, recommandé, avec une gravité impérieuse, de renoncer à tout pour embrasser l’épicurisme, s'il n’avait su par expérience combien cette maladie, en apparence frivole, peut empoisonner la vie? Lucrèce parle en adepte enthousiaste, qui se félicite d’avoir trouvé la fin de ses inquiétudes dans une doctrine imperturbable, et qui vante aux autres l’asile où il a trouvé le repos.

Sans doute, il est toujours téméraire d’affirmer qu’un philosophe a nécessairement passé par tous les états de l'âme qu’il décrit, et, dans ce domaine de la conjecture, on risque de provoquer bien des objections; cependant, quand de nos jours, nous lisons les conseils éloquents d’un moraliste chrétien qui, revenu des erreurs du monde, dépeint, avec une science passionnée, les tourments d’une raison en proie au doute, et promet la sécurité dans la foi religieuse, nous ne faisons pas difficulté de croire que lui-même a connu les souffrances du mal et l’efficacité du remède. Ainsi, selon nous, c’est pour fuir le monde de la politique et des affaires qui l’épouvante

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