Liv. II, 5i
Quand sur une colline et sur son vert penchant Se traîne un blanc troupeau, chaque brebis marchant En désordre, à son pas, lente ici, là pressée, Vers l'herbe où luit encor la perle de rosée, Que les agneaux, de lait enivrés, dans leurs bonds, Dans leurs jeux enfantins entrechoquent leurs fronts, Ce mobile tableau, vu de loin, ne figure Qu'une fixe blancheur tranchant sur la verdure. Et quand des légions dans la plaine, à grands pas, Se rangent pour offrir l'image des combats, Que l'acier jette au ciel son éclair, que la terre Scintille sous l'airain, que la foule guerrière Ébranle au loin le sol d'un pied rapide et lourd, Qu'une vaste clameur aux grands monts d'alentour Se heurte et rebondit jusqu'aux voûtes du monde ; Et quand les cavaliers voltigent à la ronde Et, soudain rassemblés, sous leur emportement Dévorent un espace immense en un moment, Le spectateur debout sur les cimes lointaines Ne voit dans ce tumulte étincelant des plaines Qu'une masse immobile, et tout ce mouvement N'est pour lui qu'un éclair sur la terre dormant1.