‹ Le poëme de Lucrèce: morale - religion - scienceChapitre 84 sur 88 · De rerustica, liv. I, préface, et 1. II · texte numérisé non relu

De rerustica, liv. I, préface, et 1. II

s'emparer de l'imagination populaire. Bizarre fortune des idées! ces craintes d'une philosophie incrédule deviendront au moyen âge les craintes de la piété. Ces peuples entiers qui attendaient avec anxiété l'an mil, qui se hâtaient de donner leurs biens aux églises, ne savaient pas qu'ils cédaient à une terreur jetée dans le inonde antique par les épicuriens. Les âmes pieuses qui croyaient trembler sous un frisson divin regardaient sans doute comme des impies ceux qui ne partageaient pas leur terreur, sans se douter qu'elles-mêmes étaient les impies, puisqu'elles tremblaient sur la foi d'Épicure. Ainsi il arrive souvent que dans le cours des âges les idées perdent les marques de leur origine, passent d'une doctrine à une doctrine contraire, et, comme des transfuges déguisés, changent de camp. Maintenant, si de la contemplation du monde, de ce monde défectueux, décrépit, qui demain peutêtre tombera en ruines, Lucrèce passe à celle de l'homme, il reste confondu, comme le sera plus tard Pascal, à la vue de notre petitesse et de notre fragilité. Comme l'auteur des Pensées, il se plaît à comparer notre néant à l'immensité de l'espace et à l'éternité de la durée :

Et quota pars homo sit 1...

11 prévient ces étonnantes méditations de Pascal: « Que l'homme étant revenu à soi, considère ce

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