‹ Le poème des champsChapitre 10 sur 181 · DE LA PREMIERE EDITION XVII · texte numérisé non relu

DE LA PREMIERE EDITION XVII

impressions vagues, des pensées indécises et des fantaisies incompréhensibles. Dans cette décadence si visible ou plutôt dans ce silence de la poésie contemporaine, à peine interrompu de loin en loin par quelque voix noblement plaintive, on rencontre encore çà et là, en des livres qui souvent n'arrivent pas à la grande renommée, des descriptions splendides de la nature, des sentiments aimables et Justes inspirés par la vue et le séjour de la campagne, des peintures assez précises de la vie rustique, qui font espérer que de ce côté du moins le champ est encore ouvert à l'imagination

... Peut-être le temps viendra où, grâce à ce goût nouveau pour les tableaux de la simple nature, nous aurons, sous une forme ou sous une autre, qu'importe ? ce qu'on n'a pas encore rencontré en France, un véritable poème géorgique où l'on trouve un amour sincère des champs, une connaissance aisée et familière de la nature; une science agréable et touchante, en un mot quelque chose de cette solidité brillante qui rend incomparable le poème de Virgile K

Et dans le résumé des conclusions de l'auteur :

Nous croyons qu'aujourd'hui le poète familier avec la vie des champs, possédant une science abondante et facile, simple avec art, trouverait dans notre langue émancipée et moins timide des ressources inconnues pour peindre avec une poétique candeur les grands spectacles du monde physique et les fortes simplicités de la vie rurale.

1. La Poésie rustique en France, au dix-huilième siècle, par M. C. Martha, {Revue européenne du lo juin 1861.)

XVIIl AVANT-PROPOS DE LA PREMIÈRE EDITION

Nous ne voyons pas pourquoi on ne tenterait point en vers ce qu'on a déjà plus d'une fois tenté en prose avec succès, ni pourquoi, même au sein de notre société si raftînée, il ne s'élèverait pas un poète disant à la France ce que Virgile, vivant dans une société non moins élégante, disait à sa chère Italie, avec une si patriotique effusion : c Salut, mère féconde des moissons, terre aimée des Dieux, mère féconde aussi en hommes vaillants! C'est pour toi que je chante un art autrefois en honneur et cultivé par nos aïeux, et que j'ouvre le premier dans mon pays une source de poésie nouvelle et sacrée. »

En inscrivant ainsi au frontispice de mon œuvre ce programme qui supplée largement au mien, qui explique mon livre sans le connaître, et semble lui avoir montré si parfaitement le but, je ne puis avoir qu'un regret, le regret de me sentir trop au-dessous d'une tâcbe que je crois pourtant avoir bien comprise, que je sais avoir surtout grandement aimée

Senilhac, mai 1860.

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