DE LA DEUXIÈME ÉDITION
La dernière note de la première édition de ce livre contenait les mots que voici :
C'est maintenant^ autant que jamais, que je sens tout ce qu'il aurait fallu mettre dans mon poème, de plus et de mieux que ce qui s'y trouve...
Ces lignes, comme la préface qui précède, n'étaient pas, qu'on veuille le croire, l'expression d'une fausse modestie. En livrant aux périlleux hasards de la publicité le fruit tardif d'une longue et silencieuse inaction littéraire, un de ces livres où l'on a peut-être laissé d'autant plus de son àme qu'on y a mis moins d'art, moins de parti pris de système ou d'école, un de ces livres enfin éclos sans bruit dans le demi-jour de la province et quelque peu surpris, à coup sûr, d'apparaître brusquement en pleine lumière, c'était avec une complète bonne foi, avec une sincérité pai--
\X l'REFACl';
faite, que je manifestais, presque à chaque page et comme involontairement, une juste défiance de moimême.
Aujourd'hui, après un succès qui, tout en restant circonscrit dans une sphère où les suffrages doivent être plutôt pesés que comptés, n'en dépasse pas moins et de beaucoup mes espérances les plus hardies, pourquoi n'aurais-je pas la même franchise? Pourquoi n'avouerais-je pas combien je suis honoré de l'accueil fait au Poème des champs, par ceux-là surtout, vrais maîtres et vrais juges, dont Tapplaudissement ne pouvait manquer d'avoir un prix exceptionnel à mes yeux? Plus j'ai douté de mon œuvre, et plus il m'est permis de m'enorgueillir d'une bienveillance que je ne puis désormais regarder comme absolument imméritée.
Les plus grands esprits sont d'ordinaire indulgents, je ne l'oublie pas. Et néanmoins, je ne saurais voir dans le jugement de l'Académie française une banale sympathie pour le premier effort tenté; je ne saurais voir une simple formule de politesse dans les témoignages individuels que bon nombre de membres du premier corps hltéraire du monde ont bien voulu m'adresser.