LES TROIS MENDIANTS DU BON DIEU
(Légende)
C'était un soir d'été ; la campagne était belle, La campagne était douce. On entendait au loin
Lesgrandscharslentsetlourdssous leurs monceauxdefoiii, Et le pcàtre qui chante et le troupeau qui bêle. La génisse folâtre et le chevreau joyeux, Loin des sentiers ouverts s'esquivant en cachette, Se trahissaient parfois au son de leur clochette, Et narguaient le gardien qui les cherchait des yeux. L'humble vieillard, assis au seuil de sa chaumière, Contemplait, tout pensif, ce vague et doux tableau, Tandis qu'un gai moulin, en jasant avec l'eau, Semblait de son babil agacer la fermière.
Frais, souriants, joyeux comme un matin de mai, A deux pas du hameau, près d'une maison blanche, Entre les bouleaux verts d'où la fraîcheur s'épanche. Deux enfants respiraient l'air du soir embaumé. Blonds, bouclés, front sans ombre, œil bleu, lèvre mi-close, Doux anges que le ciel prête aux mères parfois, Ils riaient, ils jouaient, ils mariaient leurs voix, Plus charmants que le lys, plus rosés que la rose. L'aîné, petit garçon de sept ans, plus mutin. Plus démon que sa sœur, la lutinait sans cesse, Et puis il l'apaisait d'une seule caresse.