LIVRE CINQUIÈME
Et la sœur de crier : « Oh ! le méchant lutin ! Aussi bien, j'ai gardé, monsieur mon méchant frère, J'ai gardé mon goûter, trois pêches et mon pain, Et vous n'en aurez pas, eussiez-vous très grand'faim; Et si vous aviez faim, j'en rirais au contraire.
— Eh! si je les vouhils vos trois pêches? — Après? —Après! Mais suis-je pas le plus grand?— Mais ensuite?
— Suis-je pas le plus fort? — Mais je prendrais la fuite!
— Mais je cours mieux que vous et vous attraperais.
— Pas vrai ! » dit la fillette, et, d'un pas vif et preste, Elle prenait du large au gazon du talus :
« Mais, monsieur, votre sœur ne vous aimera plus.
— Eh bien! donne un baiser et garde tout le reste.
— Non, frérot, partageons. — Petite sœur, merci,
Car tantôt, pour cueillir ton bouquet de fleurs fraîches, J'ai tant couru ! j'ai faim.— Tiens, frérot, prends les pêches.
— Oh! j'aime mieux le pain. — Prends alors, le voici! » Comme il prenait le pain, comme il rompait la croûte Pour y mordre, voilà qu'au détour du chemin.
Un mendiant parait son bàtou à la main. Et bien pauvre, et bien vieux, et bien las de sa route. « Beaux enfants, leur dit-il, tenez, j'ai faim aussi. Depuis ce grand matin, beaux enfants, je chemine Sans pouvoir rencontrer la plus humble chaumine,
OÙ le i)anvrc ;in bon Dieu puisse dire : « Merci! »
Quand vous aurez mangé, s'il vous en reste encore,
Donnez de votre pain ce qui vous restera ;
Donnez le superflu, car Dieu vous bénira.
Les pauvres sont puissants près du Dieu que j'adore. »
Alors les beaux enfants d'offrir avec transport,
D'offrir au bon vieillard et le pain et les pêches,
Et les gros abricots et les amandes fraîches,
Et de le supplier de tout prendre d'abord.
« 0 les bons petits cœurs ! ô les beaux petits anges,
Dit encor le vieillard en branlant son vieux chef;
Enfants, soyez bénis, car je suis saint Joseph,
Mendiant en crédit aux célestes phalanges. »
Il dit et disparut, et tombant à genoux,
Et le frère et la sœur, de la voix la plus tendre,
Disaient, tandis encor qu'il les pouvait entendre :
« Bon vieillard saint Joseph, d'en haut veillez sur nous.»
Comme ils se relevaient, achevant leur prière. Voici qu'ils voient soudain paraître et s'approcher Une vieille, bien vieille et bien lente à marcher, Qui reste au bout du parc sans franchir la barrière.