LIVRE CINQUIÈME
Eux de courir vers elle : « Eh ! bonne femme, entrez ! Vous paraissez souiîrante et vous paraissez lasse. Sur ce banc de gazon entre nous prenez place, Avez-vous faim ou soif? Demandez, vous aurez. — 0 doux enfants ! merci ! tenez, ma soif est grande ! J'ai tant marché! dit-elle, un peu d'eau s'il vous plail! » Tous deux offraient déjà de l'eau, du fruit, du lait; Elle but l'eau disant : « Mon Jésus vous le rende ! » Puis, son front rayonnant d'un éclat surhumain, Sa robe d'or brillant sous son manteau de serge, (c Enfants, soyez bénis, je suis la Sainte Vierge, » Dit-elle, et sur tous deux elle étendit la main. Puis on ne la vit plus. Mais les enfants, en joie, Souriaient dans leur cœur, et se disaient entre eux : « Frérot! — petite sœur! — Sommes-nous donc heureux ! Et quels divins amis le bon Dieu nous envoie! »
Comme ils parlaient ainsi, voilà qu'un pauvre enfant, Pieds nus, tout en haillons, devant eux se présente. Ses beaux yeux paraissaient pleurer sa mère absente ; Il montrait sa détresse et soupirait souvent. Mais devant qu'il eût dit une seule parole,
Les enfants, à genoux, se dépouillant pour lui,
Dirent : « Nous sommes sûrs que vous êtes, oh oui!
Le doux enfant Jésus cachant son auréole.
— Enfants qui soulagez le passant pauvre et nu,
Enfants, soyez bénis ! que tout vous soit prospère !
11 vous sera fait place au banquet de mon Père ;
Et je vous connaîtrai, vous qui m'avez connu. »
Il dit et disparut, et des flots de lumière,
De célestes parfums, des accords inouïs,
Inondaient jusqu'au cœur les enfants éblouis,
Après l'adieu divin demeurés en prière.
La nuit venue, ensemble ils adoraient encor.
Ensuite, à leurs parents qui ne pouvaient y croire,
Ils allèrent conter la merveilleuse histoire ;
Et leur sommeil béni fut plein de rêves d'or.