LIVRE SIXIEME
Thcocrite, Hésiode, Homère à l'archet d'or ! Dante, Mrgile, André Chénier, d'autres encor Que j'énumère ailleurs et que notre âge admire ; 0 maîtres, ô vous tous ! seuls vous auriez su dire, Dire ce que je sais, peindre ce que je sens; Et moi, j'ébauche à peine en des vers impuissants.
On ne m'entend donc point me rendre témoignage
Qu'un nouveau monument doit vivre d'âge en âge^
Et lasser, en bravant son marteau souverain.
Le temps, grand uiveleur du marbre et de l'airain.
Mon Dieu! tout me manquait, génie, art et science.
Tout? Non! j'avais le cœur, l'amour, la conscience;
Et dans mon cadre étroit, j'ai du moins pu rêver
Les agrestes beautés qu'un autre eût su trouver.
J'ai peint des soirs de mai les douceurs élhérées,
J'ai peint des nuits d'été les splendeurs azurées,
lai peint les jours d'hiver, tableau sinistre et dur,
Et septembre alangui dans son doux clair-obscur.... J'ai dit, quand vient l'autonmc aux grâces sérieuses, La vendange écumante et les coupes rieuses ; Éphémères gaités, sourire déjà plein Des larmes de l'adieu pour l'an à son déclin. Je demande à présent à ces heures pâlies L'austère enivrement de leurs mélancolies, Et je cherche au vallon tout le charme attendri Que savoure en rêvant un cœur endolori .
lit
Voici venir les jours des longues promenades.
Le bois prochain n'a [tlus de folles sérénades;
Les nids jaseurs, orchestre ailé des verts buissons,
Les gais chanteurs de mai sont â bout de chansons;
h vois, sans un seul cri, de l'une â l'autre rive,
Voleter et la pie elle-même et la grive ;
L'écho pour qui la brise en vain garde un soupir,
Semble, aussi lui, songer avant de s'assoupir,
Et j'entends, pour tout bruit, dans les herbes fauchées,