‹ Le poème des champsChapitre 105 sur 181 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

Le frou-frou crépitant des feuilles desséchées.

Eh bien! ce paysage où gémit un regret,

Garde dans son mystère un indicible attrait.

Jusque dans ce silence ami du cœur qui rêve,

Je ne sais quel murmure harmonieux s'élève;

Et, dans ce demi-deuil doucement attristé,

Réside je ne sais quelle intime beauté.

Vous tous, ô vous pour qui la solitude est douce,

Venez! Cachons nos pas sous l'ombre et dans la mousse.

Compagne au front pensif, des longs recueillements,

La rêverie est là sous des abris charmants.

Là, susurrant plus doux que l'aile de l'abeille.

L'essaim des souvenirs autour du cœur s'éveille;

Tourments trop caressés dont on ne guérit pas !

Voix des jours disparus qui nous parle tout bas,

Brusque sursaut, frisson subit qui nous pénètre,

Qu'un souffle, qu'un son vague ou qu'un parfum fit naître ;

Poignantes voluptés qu'on ne peut exprimer.

Qui vous ignore assez pour ne vous pas aimer?

Ce nonclialoir propice aux molles rêveries, C'est aussi le moment des lectures chéries. Qu'avec bonheur, alors, reprenant tour à tour Les livres préférés, gardiens de notre amour, Nous rattachons notre âme à la page enivrante Où, comme en un herbier, fleur toujours odorante, Fleur du cœur, dont l'arôme au cœur s'est concentré, Reste des jeunes ans le vestige adoré !

Oh oui, s'il est une heure, au déclin, où renaisse

Pour les poètes chers notre élan de jeunesse.

Si nous sentons encor notre sein tressaillir

Comme aux jours où la sève en nous voulut jaillir,

Si nous nous refaisons, en glanant sur nos voies,

iJn regain doux encor des débris de nos joies.

Et si les lyres d'or nous enivrent aux sons

Qui nous furent jadis de joyeuses chansons,

N'est-ce pas, n'est-ce pas quand les voix de l'aulomme,

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