LIVRE SIXIÈME
Dans un rythme voilé, doucement monotone, Nous récitent tout bas le poème éperdu Des rêves envolés et de l'espoir perdu !
0 fille de l'Irlande ou de ces monts d'Ecosse Que septembre <à sa fin revêt d'un deuil précoce, Amante des forêts et des vagues lointains. Et des coteaux brumeux aux contours incertains, Vierge des lacs d'azur, ô Muse des lackistes, Muse intime aux accents doux, pénétrants et tristes, C'est toi, c'est toi surtout. Muse de qui la voix Fait, aux jours assombris, l'enchantement des bois; Et dans les soirs pensifs, auprès des cascatelles. Entre tous, j'ai chéri tes poètes fidèles.
Burns le premier, chantant la ferme et les troupeaux, « Point de chants arcadiens, dit-il, pas de pipeaux, » Et son vers franc et nu, tout plein de la nature, Des seuls charmes du Vrai sut parer la culture.
Que j'aime, dans son œuvre ouverte à l'air du ciel, Ce libre essor d'abeille en tout puisant son miel!..
Le paysage humide est trempé de rosée ;
L'étang sert de miroir à la nue irisée ;
La rivière, couleuvre au long reflet changeant,
Tord ses anneaux bleuis sous le brouillard d'argent;
La grive sous les pins picote le genièvre ;
Un gland mûr, en tombant, fait tressaillir le lièvre;
Une brise effeuillant le saule et le bouleau,
Pleure, au tic-tac narquois d'un gai moulin dans l'eau.
Dans ce calme milieu propice à son génie.
Le barde laboureur s'enivre d'harmonie ;
Et lui-même, guidant sa jument au labour.
Sur tout ce qui respire épanche un flot d'amour.
Pour un nid de souris que l'araire déchire.
Comme il nous attendrit an plus petit martyre !
Comme ta tout ce qui soutTrc il donne en son chemin.
Ou l'aumône du cœur, ou l'aide de sa main!
Au foyer revenu, comme il peint la famille,
Tout un peuple enfantin qui bruyamment fourmille,
Vivants intérieurs! et dans un cadre noir,
Le joyeux clair-obscur de la ferme, le soir!...
Que n'aima-t-il toujours, comme il aima Virgile,