LIVRE SIXIÈME
Depuis qu'en cette tombe, une àme encor vivante Jeta, prêle à mourir, ce cri plein d'épouvante. L'iiistoire n'a rien dit; mais la chronique en deuil A révélé tout bas le secret du cercueil.
La nuit sur l'horizon jetait déjà ses voiles;
Le ciel était serein. Des millions d'étoiles
Dans l'océan d'azur phares resplendissants,
Berçaient sur la forêt leurs rayons languissants.
Or, un homme à pas lent marchait sous les grands arbres ;
Sur son front nuageux plus pâle que les marbres,
Des souvenirs empreints d'un morne désespoir
Passent, prompts et voilés comme l'éclair du soir.
11 arrive, et s» voix dissimulant les larmes,
Aux portes du castel appelle un homme d'armes :
« Dites au châtelain qu'égaré dans les bois,
« Un pauvre pèlerin élève une humble voix.
« Je lui demande asile et, pour payer ma dette,
« J'appellerai les dons du Seigneur sur sa tête. »
11 dit. On l'introduit... mais il a rabattu
Le capuchon du froc dont il est revêtu.
Le rude châtelain, dans une vaste salle, Promenait sur les murs son ombre colossale ; La clarté du foyer seule éclairant ce lieu, Partout faisait danser des fantômes de feu. Au bruit de l'étranger, le suzerain farouche Détourne un lent regard, et, sans ouvrir la bouche, Haineux à l'humble habit que porte l'étranger. D'un signe de dédain semble l'interroger.
« Seigneur, dit celui-ci, je vous dirai sur l'heure
« Quels vœux l'humble passant offre à cette demeure. »
Le maître répondit : « Maintenant dans les bois « Le hibou se fait ouïr, c'est assez de sa voix.
« — Seigneur, dit l'étranger, que brisant leurs entraves, <( Le Dieu du ciel ici soit en aide aux vrais braves! »
Le maître répondit : « Dieu me fit d'un limon « A n'aimer sur le tard ni moine ni sermon.
« — Seigneur, dit l'étranger, à chacun pour ses œuvres ! »
Le maître : « Moine, à toi la mare des couleuvres, M Si tu ne vas bientôt, chacun vit chez les siens, « Te coucher sagement dans la hutte des chiens.