‹ Le poème des champsChapitre 119 sur 181 · LIVRE SIXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIEME

Aux confms de l'Auvergae, où les cimes chenues

Plongent d'épais sapins dans l'épaisseur des nues.

Par un ciel assombri d'un éternel courroux,

Au milieu des forêts profondes, voyez-vous

Ces vastes bâtiments dont le relief s'émousse,

Sous un morne tapis de lichens et de mousse?...

Saluez, sur un sol par le lierre envahi,

La Chaise-Dieu, la case à Dieu, Casa Dei.

0 colosse pétri de prière et de gloire,

Monument dont notre âge a déchiffré l'histoire,

Vénérable témoin des grands jours de la foi,

Où n'ai-je pas redit mon vieil amour pour toi ?

Oui, bien des fois, à l'heure où s'entassent les ombres,

Bien des fois attardé seul sous les voûtes sombres,

Croyant trouver un sens aux plus vagues rumeurs,

J'interrogeai tout bas tes funèbres dormeurs !

Sublimes déserteurs, hôtes des monastères, Exilés de la vie, exilés volontaires,

LE rOEME DES CHAMPS

(jiie d'autres au hasard ici loumanl leurs pas,

Se prennent À sourire en ne comprenant pas!

Que d'autres, comme après une inepte gageure,

Jettent à vos cercueils le sarcasme et l'injure!

Moi je sais vous comprendre, ô grands désespérés

Qui, par l'attrait fatal de l'abîme attirés,

Pour briser, pour éteindre un cœur plein de la foudre,

Rouliez vos fronts sanglants et meurtris dans la poudre.

Ah ! vous aviez, peut-être, éprouvé comme nous

Ce mal des temps troublés, qui nous atteignit tous,

L'inassouvissement, l'anxiété suprême.

Où le plus fort a peur, peur de sa force même !

Ailleurs, malgré l'orage ardent des mauvais jours,

L'édifice sacré resta vivant toujours.

Voici plus haut ! plus loin ! \oki le monde alpestre.

Les grands bois où les vents grondent à grand orchestre,

Les torrents voyageurs dont l'éternel sanglot

Sur un roc invaincu se brise avec le flot;

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