‹ Le poème des champsChapitre 120 sur 181 · LIVRE SIX II- ME i'iS · texte numérisé non relu

LIVRE SIX II- ME i'iS

Les hautes rt^gions où sur sa ualti^ blanche Dans un rahne elTrayant sommeille l'avalanche; Voici l'hiver précoce, au lieu môme où l'été Montrait hier encore au regard enchanté (Contrastes imprévus, souriantes merveilles) Les sapins noirs parés du feston d'or des treilles; Près des dômes ailiers qui donnent au pays Son austère grandeur, les beaux champs de maïs, Et des menions massifs faits de massives gerbes. Près des pics sourcilleux, près des sommets superbes, Où dans le pâle azur resplendit le glacier, Comme un front de Titan sous un casque d'acier.

Plus loin, plus haut encor, dans la forêt ombreuse Marchons, montons toujours. C'est la Grande-Chartreuse.

Neiges, glaciers, sommets, royaume fulgurant

Où l'homme est si petit que Dieu semble plus grand,

Monts géants entamés par la dent des abimes,

L'infini se révèle à qui gravit vos cimes;

Là, près des horizons plus rapprochés de Dieu,

La prière, jetant au monde son adieu.

Pour plonger, pour planer aux sphères éternelles,

Comme l'aigle qui monte a de plus grands coups d'ailes.

Dans votre solitude aux cloîtres ténébreux, Religieux bénis de saint Bruno, Chartreux, Prêtres qui vieillissez dans la cellule austère, Sans joie et sans espoir que le ciel sur la terre; Ici non plus, devant vos demeures, non, non, Je ne suis pas de ceux qui disent à quoi bon? Je ne suis pas de ceux qui, plus légers qu'hostiles, Disent en vous quittant : « Braves gens, inutiles!... » Trop de cœurs vous ont dû ce bonheur douloureux, L'oubli, le seul bonheur qui reste aux malheureux. Et puis, pour revenir, par un détour que j'aime, Au sujet de ces chants, que j'oubliais moi-même, N'êtes-vous pas encore un peuple de pasteurs ! Vos troupeaux sont un choix de bons reproducteurs ; Et cet effort rural, dans votre œuvre fervente Passant inaperçu, vaut pourtant qu'on le vante. Au milieu du désert, et plus haut et plus loin, Où le ciste embaumé donne l'arôme au foin,

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