LIVRE SEPTIÈME
Kn ce milieu factice où ceux qu'où croit heureux Portent au seul Veau d'or leur culte âpre et fiévreux, J'ai du moins ce mérite, ayant si peu tout autre, D'admirer à plein cœur ou l'artiste ou l'apôtre. Le bienfaiteur modeste et l'utile savant; Et de les admirer même de leur vivant! J'admire sans regret, j'admire sans envie; Admirer ce fut l'uu des grands dons de ma vie ; Et c'est dès lors pourquoi, poètes! quand je sens Dans l'àme des penseurs, dans l'àme des puissants Ramper ce double ulcère : égoïsme et marasme. Je dis : à nous l'éclair divin, l'enthousiasme! Passez, souffles de Dieu! passez! faisant grandir Le feu sacré par qui tout devrait resplendir, L'amour sacré, charbon ardent, qui purifie Parfois d'un seul baiser toute âme et toute vie, Car je sais bien aussi que ces religions. Le Beau, le Vrai, le Juste, ont leurs contagions.... Oui l'admiration d'un grand peuple est féconde. Pour elle, des héros ont remué le monde ; Pour elle, Michel-Ange et Webre et Raphaël, Du sceau de Tidéal ont sacré le réel; Et son dernier hourra qui se nomme la gloire, Depuis quatre mille ans fait palpiter l'histoire,
Et loujourij, ù grands cœurs! elle sera pour vous Des généreux elTorls le prix sublime et doux!
Donc j'admire avec joie ; et pour mon vers docile Toute juste louange est un devoir facile. Admirer, oui. Flatter? non! Fléchir les genoux? El qui donc peut, hors Dieu, quelque chose pour nous? Notre œuvre sous le ciel s'accomplit solitaire. Régner, roi paternel, sur cent arpents de terre, Commander en bon maître k trente paysans, Cela n'aura jamais formé des courtisans.
Serait-ce un courtisan le pionnier aux mains rudes, Demeuré si longtemps fidèle aux solitudes. Aux vallons pleins de paix d'où je date ces vers, Et qu'adombrent des rocs noirs coupés de prés verts; Aux bois silencieux, aux bruyantes cascades, Où de vieux ormes roux se courbent en arcades; Aux lacs des oasis, cachés parmi les monts, A celle aime nature enfin que nous aimons,