LIVRE SEPTIÈME
Nous autres montagnards nourris d'un lait robuste, Dans l'audace du cœur et dans l'amour du Juste !
Eh ! pour l'homme du sol qui, sur un lief étroit,
Reste debout et fier dans sa force et son droit ;
Pour nous tous, agronome ou bêcheur, pauvre ou riche,
L'âpre ambition, c'est d'éventrer une friche.
D'extirper le genêt, la ronce, et d'ébrécher
Ou le pavé de lave ou la dent du rocher;
C'est de voir, l'an d'après, sur ces plaines béantes^
Ondoyer et jaunir quelques moissons géantes...
Pour cela, mon Dieu non, nous n'avons nul besoin
Qu'un puissant de hasard nous protège de loiu,
Que dans une harangue apprise et trop savante
Un chambellan doré nous conseille et nous vante.
Et, prodigue de mots, fasse pour notre bien]
La pluie et le beau temps que Dieu fait seul très bien.
Mais pour ne point llatter faut-il donc faire étude D'un pessimisme amer, prompt à l'ingralitudej
Et ne plus rendre hommage avec sincérité
Aux droits de la Justice et de la Vérité?
Dire la vérité, c'est le devoir, quand même.
La Justice? on la sert sans compter, dès qu'on l'aime.
Lors donc que j'ai loué les apôtres fervents
Du labeur agricole, et ses dignes servants;
A l'égal du savoir honorant la pratique,
Lorsqu'on me vit inscrire au livre d'or rustique
Tant de noms vénérés, ceux pour qui je voudrais
Susciter tout amour fidèle à tout progrès,
Devrais-je maintenant hésiter et me taire,
Parce que de plus haut on a servi la terre?
Parce que cette cause, âme d'un grand devoir,
Pour protecteur habile eut aussi le Pouvoir?
Non! mon vers libre et franc ne doit rien à personne;
Mais je puis dire haut quand l'équité l'ordonne :
« Pour le peuple des champs trop oublié toujours,
Plus d'un utile essai fut tenté de nos jours.
L'État, mieux inspiré que ses vieilles sagesses,
Sut confier au sol de plus amples largesses];
Et l'on vit ce pouvoir, aux grands arts nourriciers,
Accorder plus et mieux que tous ses devanciers.