LIVRE HUITIÈME
Le prand peuple afTaissc, sur un sol envahi
Pleure, saigne, agonise, appelle et meurt trahi;
Tout à coup une femme apparaît. Dieu la mène.
Elle n'a rien appris de la sagesse humaine.
Bergère, elle ne sait que deux mots : France et Dieu !
L'oriflamme à la main, le front haut, l'œil en feu.
Elle va, tout revit. Sous l'éclair magnanime
La trahison se voile et l'orgueil se ranime.
Elle ordonne; Roi, preux et peuple, tout la suit.
Elle pousse à l'Anglais, l'Anglais s'étonne et fuit.
Les plis de son guidon promènent la victoire,
0 spectacle! Et ce bras d'enfant fait de l'histoire!
Qu'importe qu'au bûcher par la haine irrité,
La mort doive sacrer son immortalité?
Son œuvre est accomplie et sa gloire s'achève.
Elle a sauvé la France en lui montrant un glaive.
La chaumière a donné la leçon au palais;
Pour déblayer le sol et pour chasser l'Anglais
Les chemins sont frayés, d'autres suivront la trace!...
Peuple! peuple des champs, Jeanne d'Arc c'est ta race.
C'est la race qui meurt, nom obscur, mais cœur fier,
Pour sauver le pays qu'elle fécondait hier,
Et qui garde, fidèle à son œuvre constante.
Dans les humbles labeurs les vertus de la tente.
C'est la race qui dure en lassant le trépas,
Qu'on ne peut épuiser, qu'on n'exilera pas,
Qu'il faut, pour qu'elle atteigne à son rang légitime,
Placer plus haut toujours, dans la commune estime,
Afin que rehaussant aussi par le savoir
La tâche où s'accomplit son généreux devoir.
Elle montre, prodigue au contempteur lui-même,
Que ses bienfaits accrus sont le progrès suprême.
Pour moi, non ce n'est pas d'hier que j'ai compris
La beauté du travail agricole et son prix,
Et combien en ce monde, où c'est là. l'œuvre immense,
Il faut donner au sol toute prééminence,
Et combien ce destin aux fréquentes rigueurs.
Le sort du paysan est cher à tous grands cœurs.