LIVRE HUITIÈME
L'iiymue vague et confus de la cloche sonore
Daus la plaine, à l'entour, retentissait encore.
J'entrai. L'art n'ajoutait nul éclat au saint lieu,
Où seule résidait la majesté de Dieu!
L'orgue ne pleurait pas ses magnifiques plaintes ;
Mais le peuple des champs, fidèle aux choses saintes,
S'inclinait dans sa foi sous le Verbe divin,
F* ift Dieux semeur ne semait pas en vain.
Pensif je contemplais et le peuple et l'égUse,
Sachant que tout est grand quand Dieu l'idéalise ;
Tiouvant que ce tableau, dans sa rusticité,
Avait son éloquence et sa sublimité.
Or, une vierge, au loin, les deux mains sur son livre,
Suspendait sa pensée aux sources qui font vivre ;
Je la vis. Mon regard s'arrêta quelque temps.
Sur ce front étoile de ses dix-sept printemps ;
Ilien n'était simple et pur comme la jeune fille;
Parmi les fils des champs on l'eût dite en famillCj
Si la distinction sur ses traits n'eût écrit
La noblesse du cœur et celle de l'esprit.
Comme une grappe noire où le soleil se joue,
Ses longs cheveux bouclés ruisselaient sur sa joue,
Lt sur son front si pur, puisant leur flamme aux cieuxj
Comme un rayon de jais étincelaient ses yeux;
27â LE POÈME DES CHAMPS
Sa taille encore enfant, ainsi qu'un beau jonc frêle, S'effilait dans cette ombre où je planais sur elle; Son geste sobre et rare était vif et charmant, Et tout vibrait de grâce en ce chaste instruuîent ; Et la voyant ainsi, nul n'aurait su sans doutes Dire si la jeune ange était belle entre toutes. Mais qui n'aurait senti, quand le prêtre parla, Senti que le bonheur était p
Et le prêtre au hasard cueillant la parabole, La Vérité vivante émergeait du symbole.
Aux riches, aux heureux parmi les villageois, S'adressant tout d'abord, il leur disait :
« Ma voix Ne se lassera pas, enfants, de le redire; 0 vous à qui le ciel sembla toujours sourire, 0 vous que de ses dons il a toujours comblés, N'ayez point tant d'attaché aux biens accumulés ! Parmi les grands soucis des choses de la terre,