‹ Le poème des champsChapitre 144 sur 181 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

Accordez à votre àme une pensée austère;

Songez moins au ruisseau qu'aux sources dont il sort.

Laissez un peu la main de Dieu dans votre sort.

Le Maître universel qui gouverne le monde

N'a pas besoin de vous pour son œuvre féconde.

Lui qui daigne nourrir les passeraux au nid,

N'abandonnera point l'homme qui le bénit.

Voyez fleurir les lis au fond de la vallée :

Dieu seul les a vêtus de leur robe étoilée;

Ces joyaux du désert, dont l'encens monte au ciel,

Où l'abeille à loisir s'abreuvera de miel.

N'ont pas tissé leur lin ou poli leur ivoire,

Et sont plus beaux pourtant qu'un grand roi dans sa gloire. »

« Cultivez donc le champ qui germe sous vos mains,

Mais n'usez point votre âme aux angles des chemins.

Dans le sillon obscur d'où jaillira la gerbe.

Dans le pré verdoyant qui prodiguera l'herbe,

Récoltez sans orgueil ce qui suffit à tous,

Et que l'indigent même ait sa part après vous.

L'homme né de la femme, à la terre arrosée

Doit son acre sueur pour féconde rosée.

N'allez donc pas courir, pour mille vanités, Tous les hasards du mal dans l'ombre des cités. Voyageurs d'un instant dans un pays de songes, Ne tendez point la lèvre aux coupes de mensonges; Ambition, savoir, toutes choses d'un jour, Ne valent pas la foi, l'espérance, et l'amour.... » (( 0 vous que Dieu fit naître au sein de la campagne, Que vous faut-il de plus? Une chaste compagne, Des enfants dont on doit rendre compte au Seigneur, La paix, le pain du jour, n'est-ce pas le bonheur? Et n'est-ce point assez pour atteindre au but sombre. Puisque la mort sur nous étend déjà son ombre, Que l'heure est incertaine et que tout est si peu Au jour où l'âme en deuil s'éveille devant Dieu!... »

Et puis pour être tout à tous, pour faire entendre Et goûter de chacun le mot qu'on pût comprendre, Aux pauvres, aux petits à leur tour s'adressant, Il leur disait, avec un paternel accent,

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