‹ Le poème des champsChapitre 145 sur 181 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

Avec une façon touchante et familière,

Où s'épanchait sans art son âme tout entière :

« Et vous! vous dont je sens et la joie et les maux

Plus qu'à l'égal des miens, enfants de ces hameaux

Où la foi vit encor souriante et docile,

Vous pour qui croire est doux comme aimer est facile,

Pour la centième fois, moi votre vieux curé,

Je veux redire encore et je proclamerai

Ce que le doux Jésus, mon seul maître et le vôtre.

Dit bien souvent tout bas à mon cœur d'humble apôtre,

A savoir que c'est vous, vous, pauvres ignorés,

Oui, c'est vous qu'il préfère entre ses préférés!

Vous le savez bien tous qu'il naquit dans la crèche,

Qu'à peine il eut, pour couche, un peu de paille fraiche.

Que l'àne avec le bœuf, amis à vous connus.

De leur souffle échauffaient ses petits membres nus;

Vous savez que Jésus est le Dieu de l'étable ;

Qu'il ne dédaigne pas votre toit, votre table ;

Que lui-même il reçoit de votre rude main,

Le pain par vous offert au pauvre du chemin;

Vous savez que du haut du ciel même, ô merveille!

Sur vous, petit troupeau, ce divin pasteur veille!

Qu'au plus abandonné qui demande pitié

Il donne le trésor divin, son amitié;

Qu'au soir, dès qu'il entend prier l'humble fermière,

Même avant le palais il bénit la chaumière ;

Et qu'un frêle soupir, jailli d'un cœur aimant,

A pour lui plus de prix que l'or du firmament;

Et que pour ajouter aux célestes phalanges,

Pour recruter des saints à mettre au rang des anges.

Il choisit entre tous les mérites obscurs....

Donc, soyez, pour lui plaire, ô soyez bons et purs!

Dans les félicités, dans les destins contraires,

Aidez-vous, aimez-vous, ô familles de frères,

Familles de chrétiens dont le père est aux cieux.

Et que le frère aîné, Jésus, guide des yeux ! »

« Certes, vous cheminez dans une rude ornière; Je le sais ; et pour vous quand vient l'heure dernière, Lorsque la mort vous tend les bras, comme un ami. Vous avez bien souffert, vous avez bien gémi! Par la pluie et le froid, par la neige et le givre, Vous avez rudement travaillé, pour mal vivre.

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