LIVRE HUITIÈME
Qu'il s'avance le front baigné dans la lumière ! Parmi les grands discords aux éclats menaçants, Parmi les insulteurs vils et les vils passants, Enivré, souriant, ferme, puissant, austère. Attentif au spectacle émouvant de la terre. Qu'il s'avance, pensif, sans regarder, sans voir Ce qui n'est pas le beau, le grand et le devoir!
Qu'il ait pu chaque soir redire à son bon ange : « Sans y salir mes pieds j'ai plané sur leur fange. Pour remplir cette vie où l'homme n'a qu'un jour. Je n'ai rêvé qu'un rêve et voulu qu'un amour; Au rude et saint labeur asservi sans relâche, Je ne tentai qu'une œuvre et n'aimai qu'une tâche ; Et suis digne, ébloui que je fus de ciel bleu, Oui, digne de chanter le poème de Dieu ! »
Poète alors tout plein des forces attractives, C'est lui qui, conquérant les foules attentives.
C'est lui le mage auguste et le poète roi.
C'est lui, pourquoi, mon cœur! ne fut-ce donc pas moi?
Qui, parlant pour quiconque est cligne de l'entendre,
S'écriera d'une voix tour à tour fière ou tendre :
« Les temps ont leur menace ardente. Le salut
Ne sera qu'où l'arrêt souverain le voulut.
Donc à l'œuvre toujours ardue et toujours belle!
France! à l'œuvre du sol, qui t'attend, qui t'appelle!
France! à l'œuvre de vie où se rajeuniront
Tes enfants qui déjà sentent fléchir leur front!...
Au soldat du labour justice, amour et gloire!... Et vous, partout où nait sa féconde victoire, Enivrez-vous, penseurs au cœur religieux. Dans la sublimité formidable des cieux, Dans la sérénité souriante des choses, De la bonté des champs, de la douceur des roses, Du mystère d'amour caché dans le sillon, Des grâces du coteau, des charmes du vallon, De la fierté des monts, des splendeurs de l'abîme, Et de tout ce qui peut, attrayant ou sublime, Nous montrer sous l'azur, immense transparent, Visible et rayonnant toujours, le Dieu très grand! >.