‹ Le poème des champsChapitre 151 sur 181 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

Oui! sur ce grand sujet qui saura faire uu livre, Peut croire en l'avenir; son nom est sûr de vivre. Pour moi, le livre échoue en efforts impuissans, Mon poème est encore à faire, je le sens.

Ah ! quand Dante achevait sa grande Comédie, Léguant aux siècles l'œuvre entre toutes hardie, Confiant dans sa force et plein d'un noble espoir, Tl s'écriait, malgré le présent triste et noir, Il s'écriait joyeux :

« Si ce divin poème, Auquel mirent la main la terre et le ciel même. Triomphe, ayant usé mes jours dans le travail. De ces fureurs qui m'ont fermé le doux bercail Où je dormis enfant, gardant ma seule haine Aux loups qui nous ont fait une guerre inhumaine, Avec un autre accent, avec d'autres cheveux, Je rentrerai, poète, au séjour de mes vœux;

Et sur ces mêmes fonts où je pris le baptême, Il me sera donné de ceindre un diadème! »

Horace, souriant dans l'orgueil souverain,

Disait : « Mon monument vivra plus que l'airain ! »

L'humble Virgile enfin, aux champs toujours fidèle, Savait pourtant aussi que sa Muse immortelle, Pour Rome deux fois grande aux yeux de l'univers, Assurait à jamais la gloire des beaux vers! Ainsi, ceux-là dont l'œuvre éclatante et féconde, Dans l'immortalité doit éblouir le monde. Ceux-là savent d'avance et devinent toujours Que leur nom triomphal est plus fort que les jours, Qu'ils conquerront le temps, leur fief et leur domaine, Et qu'ils sont les élus de la pensée humaine!...

Souvenirs immortels, que voulez-vous ici, Et qu'avez-vous à faire en murmurant ainsi?

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