LIVRE HUITIÈME
Mes vers à mol, le jour qui va fuir les emporte;
Nés aujourd'hui, demain ils seront morts. Qu'importe?
Dût les atteindre au vol un sourire moqueur,
En auront-ils moins pris le plus pur de mon cœur?
En garderont-ils moins le meilleur de mon àme,
Et le dernier rayon de ma dernière flamme,
Et le dernier désir, et le dernier espoir
Où je veuille me prendre en attendant le soir?
La famille, les champs, la villa de mes pères,
Mon effort agricole en des œuvres prospères.
Tout ce petit bonheur, aux yeux jaloux caché,
Où je veux vivre encore et mourir attaché.
Oui, tout cela pour moi rit dans l'obscur poème;
Il est humble, il est faible, et tel qu'il est je l'aime!
S'il ne m'a pas tenu ce qu'il m'avait promis,
Du moins pourra-t-il vivre en quelques cœurs amis;
Et n'eùt-il que pour vous, enfants, un humble charme.
Enfants, mes doux enfants, je lui donne une larme,
Une larme d'adieux, une larme d'amour,
Qu'en relisant ces vers vous me rendrez un jour!