‹ Le poème des champsChapitre 16 sur 181 · DE LA DEUXIEME EDITION XXV · texte numérisé non relu

DE LA DEUXIEME EDITION XXV

Fayette, un de nos agronomes les plus distingués, au dire des juges compétents, n'a pas appris la nature dans Lucrèce ou dans les poètes didactiques. Mais si, aux conseils spéciaux qu'il donne, à la sincérité courageuse du détail, on reconnaît Tliomme expérimenté et pratique, la grâce exquise de certains paysages, la finesse et la fermeté des tons, les éclairs de soleil qui, à la manière flamande, font miroiter tout un intérieur, trahissent dans l'auteur un artiste rompu à toutes les difficultés de la forme, un poète doublé d'un peintre. A l'inspiration soutenue de l'un, il joint le sûr coup d'ipil de l'autre.

A part quelques passages d'une haute philosophie religieuse et deux épisodes habilement reliés au poème, le ton général de l'œuvre est d'une familiarité qui n'exclut ni le charme de l'impression, ni l'atticisme de la forme.

M. Calemard de La Fayette peint les champs comme il les voit; il pénètre dans l'intimité du cultivateur : rien de ce qui touche celui-ci ne lui est étranger; il met en relief ses travaux et ses joies.. Il ne recule ni devant le fumier, ni devant le taureau Mezenc deux fois lauréat du concours. On pourrait même lui reprocher, si l'on était de mauvaise foi, une certaine tendance à abuser du détail technique et à battre monnaie avec le facile biilon de l'énumération. Mais cette imperfection,, si c'en est une, disparaît dans les vers d'un haut lyrisme que le poète consacre aux inondations de la Loire, etc., et surtout dans l'Amp/iorc, une fantaisie grecque qu'avouerait Chénier

{Les poètes contemporains^ par M. Henry d'Erville. Constitutionnel du 9 septembre d8G2.)

XXVr PREFACE

M. N. 3IarUii, à son tour , s'exprime ainsi dans r Artiste :

M, de La Fayette publie aujourd'hui le Poème des (hamps^ une grande œuvre déjà appréciée par cette élite dont la sympathique attention a su rester fidèle aux lettres et aux arts.

Le poème de M. de La Fayette est tout imprégné des fortifiantes senteurs des champs. On reconnaît tout d"abord que l'on n'a pas affaire à un poète artificiel de la nature, à un Saint-Lambert, voire à un Boucher, ou même à un abbé Delille. C'est bien le franc arôme des trèfles et des foins qui nvarrive cette fois. C'est bien la moite lueur des noirs sillons profondément creusés que je vois briller ici, sans que le poète me montre derrière le soc cette allègre bergeronnette de Dovalle, qui était peut-être un peu trop gentille.

Donnerai-je une analyse détaillée de l'ouvrage? Elle m'entraînerait trop loin, et prendrait une place que je préfère réserver aux vers de l'auteur... Ai-je besoin de dire qu'il ne s'agit nullement d"un livre didactique coordonné et distribué sur l'ancien patron du genre?...

.... Dans ces différents modes, dans ces formes variées de sa pensée et de ses tableaux, le poète s'est toujours montré ce qu'il est avant tout, ce qu'il est si excellemment, un homme de son temps. Voyez plutôt cette partie de l'invocation qui indiquera le ton du reste :

Intrépide soldat ilune modeste armée...

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