‹ Le poème des champsChapitre 19 sur 181 · XXX PREFACE · texte numérisé non relu

XXX PREFACE

jours de plus en plus dans ce poème, ce qui le fera pénétrer là même où ne pénètrent guère les poésies les mieux accueillies, c'est-à-dire dans l'intimité de la famille, jusqu'à une couche profonde et cachée des populations qui ne lisent qu'un peu, c'est que ce ne sont pas là seulement des vers très réussis, habiles à charmer les seuls artistes ; c'est qu'il y a toute une mine heureuse de sentiments vrais, pris au vif de l'àme humaine; et il n'est pas nécessaire d'être poète ou critique élevé pour aimer un tel livre, un des rares livres de vers qui se fassent lire d'un bout à l'autre sans désemparer.

Le Poëme des chami^s^ malgré sa publicité très restreinte jusqu'à présent, a déjà eu les honneurs de la controverse, et il peut ])araître bizarre qu'il ait été blâmé tout à la fois de laisser trop de place aux préoccupations philosophiques et religieuses et même aux digressions de théorie sociale, tandis qu'on lui reprochait d'autre part l'extrême vérité dans le pittoresque comme un excès de réalisme.

J'ai parlé de l'originalité profonde du livre ; il est original, en effet, pour bien des raisons et de bien des manières. D'abord ici point de pastiche, point d'imitation, ni dans la forme, ni dans les sentiments. Cette poésie a été vécue, si on peut le dire, et elle est l'expression d'une âme.

Mais un autre principe d'originalité qu'il faut signaler, expliquer même, car il est assez complexe et il aide à comprendre le double reproche quelque peu contradictoire dont je parlais à l'instant, c'est ce caractère hardi et presque toujours heureux de spiritualisme dans le sentiment, uni au vif relief de la réalité dans la peinture des choses. II y a là

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