DE LA DEUXIÈME EDITION XXXI
lin efl'ori, une aspiration, un. vouloir qui sans doulo n'a pas toujours abouti également, mais qui, lorsqu'il réussit, comme il arrive souvent, constitue, à mon sens, un des plus rares méiites dej'œuvre...
.... Écoutons quelques-uns des mâles accents qui ont lait dire à un homme d'État de l'Académie, qu'il y avait dans le Poème des champs du Juvénal à côté du Virgile :
Oh! trop souvent notre âge, indigne de l'histoire, S voura son opprobre et renia sa gloire...
On regrette de s'arrêter, car on voudrait! donner au moins un fragment de tout ce qui, dans un tel livre, a un caractère dilïérent, original, et quelquefois absolument nouveau.
Ainsi dans le détail technique et dans l'exposition des systèmes agricoles et sociaux, dans les parties philosophiques du sujet, que de bonheur et quelle nouveauté de forme ou d'expression !
Le poète dit tout avec une exactitude et une précision d'une orthodoxie agronomique parfaite : depuis le taureau jusqu'au fumier, tout a sa place, et parfois un beau vers trouvé descend comme un rayon sur le plus humble et le plus rebutant sujet.
Le fumier :
Fange où l'œil clairvoyant voit ruisseler de l'or, Élabore la mort au profit des vivants.
Quoi de plus simple, de plus vrai, et de plus équitable aussi que la glorilication de la pomme de terre? L'éloge de
XXXII l'RÉKACE
Parmentier et l'iiidiClereiice liumaine pour les bienfaiteurs obscurs nous valent des vers comme ceux-ci :
11 faut toujours niiircher où le devoir nous mène, Ea comptant aux profits l'ingratitude humaine; Des ingrats, n'en a pas qui veut...
Les choses ainsi les plus difficiles à exprimer en vers progrès agricole dans tous ses détails techniques, te que, comme a dit M. Sainte-Beuve, MM. Léonce de gne et Arthur Young nous apprendraient en prose ; les concours régionaux, les machines, les expositions, les divers systèmes de fermages, tout cela, choses si neuves en vers, tout est rendu avec une originalité et une précision réaliste si l'on veut, mais parfaitement à sa place et profondément pittoresque.
L'élévation de la forme, le lyrisme spiritualiste paraît, parfaitement à sa place aussi, dans les épisodes, dans l'expansion philosophique et religieuse, dans ce qu'on peut appeler la glorification morale du sujet, c'est-à-dire la glorification de l'agriculture et de la création.
Je le répète en finissant, j'ai été des premiers mais non pas seul à affirmer qu'après les corrections et les retouches d'une nouvelle et prochaine édition, ce beau livre doit rester, et méritera sans contestation le titre si enviable et qui lui a été décerné par M. Villemain, il méritera de s'appeler les Géorgiques françaises.
Du reste, avoir fait évoquer les noms d'Hésiode et de Lucrèce, avoir surtout, plus que personne en France, fait songer à Virgile et n'être pas écrasé par de pareils sou-
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venirs, c'était déjà en faveur d'un poème rural un bien beau témoignage. Ce témoignage a été heureusement confirme par le choix de l'Académie française, qui, je ne crains pas de le dire, n'a point à couronner fréquemment des œuvres de cette valeur....
Dans le journal la France, les mêmes éloges ont été donnés au Poème des champs:
Et M. Henry Trianon résumait en ces mots une appréciation également flatteuse :
Le Poème des champs a obtenu un prix de l'Académie rrancai:*o: il lui est dû plus et mieux encore : il vivra.
Enfin, dans le Joiirnaldesdébats^M. Cuvillier-Fieury a formulé ainsi son jugement :
J'ai réservé pour lui donner une place tout à fait à part le Poeme'rfes champs de M. Calemard de La Fayette, et je m'aperçois que cette place me manque. M. de La Fayette iie'peut être confondu, même avec les bons : il a son originalité toute personnelle et son mérite, non pas toujours supérieur, jriais' incomparable. Animée, spontanée, pleine d'éclat, de' variété et d'inspiration, son œuvre n'en a pas moins la valeur; d'une étude positive et l'intérêt d'un poème didactique. La Maison rustique ne vous apprendrait rien do l>lus, et ]QsGéorgiques de Virgile lui-même, en vous laissant l'esprit plus diarmé et le cœur plus satisfait, ne vous inté-
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resseraient. pas davantage. Pour moi c'est beaucoup dire, .lai rarement lu de suite un ouvrage en vers qui m'ait plus captivé, sans m'ôter le sens de ses défauts, et où la sincérité de l'auteur m'ait paru plus estimable. Je ne sais si je pourrai revenir sur ce livre distingué. Je ne le crois pas. Tant d'autres engagements entraînent la critique en dehors des voies où elle aimerait le plus à s'attarder! Mais je me serais reproché, quand on crie partout que les poètes s'en vont, de ne pas dire qu'il y a des poètes qui arrivent... comme M. de La Fayette, auteur, je crois, d'un Programme cF agriculture progressive.
Combien j'aime mieux son poème que son Programme, et comme ses vers profiteront plus au progrès de la science rustique que ses théories!... M. de La Fayette a un défaut : il se souvient trop dans sa solitude du Velay du monde (ju'il a quitté, et il a trop sacrifié à la polémique où il a excellé. Il a un autre défaut, a la surabondance » ; il pous.se à bout sa phrase jusqu'à épuisement de sa pensée. Quand il décrit, il est plus sobre; il a des peintures d'animaux qui feraient envie à Mme Rosa Bonheur; et quand c'est un sentiment vrai qui l'inspire, il trouve pour l'exprimer la forme la plus heureuse et en même temps la plus émouvante.
Intrépide soldat d'ime modeste armée,
Soldat qui meurs sans gloire et vis sans reuommée...
C'est par ces vers que débute le' poème de M. de La Fayette, avec ce pressentiment presque triomphant de la grandeur et de la beauté de son sujet; et quand son œuvre est finie, le poète disparaît, l'homme reste; et nous lisons ces vers, expression d'une noble et virile modestie :