LIVRE PREMIER
Non que je n'aie aussi pour ton empire inculte,
0 nature encor vierge, une part de mon culte ;
Devant ta majesté je fléchis les genoux;
Ce qui n'est point à l'homme est à plus grand que nous.
0 nature invaincue, insoumise, rebelle,
J'adore, en l'admirant flère et presque plus belle !
J'adore, car voyant, à toute heure, en tout lieu,
Derrière tes splendeurs passer l'ombre de Dieu,
J'ai le mot du secret divin dont je m'enivre
En sentant dans ton sein tout palpiter, tout vivre !
Ces bois, ces lacs, ces monts, ces grands horizons bleus,
La grotte aux verts tapis sous les rocs anguleux.
Le flot qui dit sa plainte aux saules des rivages,
Et les torrents grondant sur des pentes sauvages;
Tout ce qui, dans l'espace, a son hruit ou sa '■■''''■'■
Ce qu'on entend gémir et chanter à la fcv-
Ce qui verse un parfum, ce qui boit la rosec.
Ce qui flotte ou se pose en la nuit embrasée,
Fleurs, insectes, oiseaux, ensemble gracieux,
La luciole en flamme et l'astre errant aux cieux,
Jai dans mon vaste amour compris toutes ces choses,
0 nature! et je sais les chênes et les roses.
Or, du plus frôle arbuste aux mélèzes géants, Du ruisseau qu'on ignore aux vastes océans, Des vallons innomés au gigantesque abîme, Et le zéphir mourant et l'ouragan sublime. Comme l'ample motif du concert inspiré, M'ont répété partout un nom, le nom sacré ! Et c'est pourquoi je veux, au seuil de ce poème, 0 Dieu de l'infini! graver ton nom suprême. Pour qu'il soit humblement attesté par ces vers Que toi seul es principe et fin dans l'univers !
Ce devoir accc^ii,: ~:erz un moindre domaine
Le modeste sujet que j'aime me ramène.
Épris du dou' /gile et plein de ses leçons,
.''•=< ^ prés touffus et les grasses moissons;
„ aime toute culture, et tout ce que renferme,
Petit monde ignoré, le chalet ou la ferme;
J'aime les bons semeurs, habiles aux labours.
Qui portent vaillamment le poids des plus longs jours,