‹ Le poème des champsChapitre 26 sur 181 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Prodiguant sans relâche à la terre altérée

Le généreux ferment d'une sueur sacrée ;

Et ces pasteurs aussi, qui pour des mois entiers,

Des habitations désertant les sentiers,

Dirigent d'un pas lent vers la montagne en herbe

Et la chèvre au flanc creux et l'aumaille superbe ;

Pasteurs et laboureurs ! peuple obscur des hameaux !

Et ces bons serviteurs, dociles animaux

Que la main d'un enfant, sans rigueur, sans sévices,

Incline, en se jouant, aux plus rudes services.

Je les aime et le dis sans phrase, et le premier

Nommant tout par son nom, je chante le fumier.

Le fer comme les bras qui font la moisson drue,

Et le labour profond et la grande charrue.

TV

Creusant un lit facile à mes plus chers penchants, Le sort rendit sitôt toute ma vie aux champs ! Là, dans ton vaste empire, ô nature sereine, Où le silence même a sa voix souveraine,

Partout j'ai recueilli, chantre obscur et charmé,

Quelques accords, fragments épars du livre aimé,

Et le noble métier que ce poème loue,

Laboureurs ! c'est le mien; et tout mon cœur s'y voue.

Couché près du sillon qu'on prépare au froment,

Ces vers, je les écris sous le bleu firmament,

Un soir d'été, devant une fraîche vallée

De feuillage et d'oiseaux frémissante et peuplée.

Il a plu ce matin ; le zéphir attiédi

A trempé de moiteur les flammes du midi;

Et rien n'est plein de grâce et de charmant sourire

Comme le gai tableau que je voudrais décrire.

Oh! que n'êtes-vous là, poètes du pinceau.

Vous, Daubigny, Troyon, Corot, Breton, Rousseau!

C'est peu de la couleur : il faudrait l'harmonie ;

Beethoven! Ohl la calme et large symphonie!

C'est peu de tous les arts, il faut encor les vers.

11 faudrait l'art entier pour chanter l'univers,

Pour traduire Dieu même et rendre, phrase à phrase.

Le poème vivant, fait d'amour et d'extase;

Pour fondre, comme Dieu, dans un vaste unisson,

Le rythme, la couleur, la parole, le son...

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