‹ Le poème des champsChapitre 33 sur 181 · LIVRE l'UE.MlER l · texte numérisé non relu

LIVRE l'UE.MlER l

Je l'ai dit : c'est d'en bas, c'est par l'humble détail

Qu'il vous faut accéder au glorieux travail.

Mais, sans plus vous complaire en de fausses sagesses,

Osez donc de l'État contraindre les largesses.

Primes, enseignement, assurances, crédit,

Confiez vos trésors à l'art qui les grandit.

Pour récolter l'effet, sachez semer la cause ;

A (jui vous donne tout prêtez donc quelque chose!...

Au reudez-vuus du sol conviez ardemment

Tout généreux désir, tout noble dévoùment,

Et qu'enfin la culture, au profit de qui l'aime

Résolve, elle le peut, le plus ardu problème,

Multipliant pour tous, en sa fécondité,

Le pain et le travail, double nécessité,

Ramenant à celui qui fait les jours prospères,

Bien des cœurs oublieux de la foi de nos pères.

Rattachant, en un mot, sous l'azur spacieux.

Le bonheur de la terre aux promesses des cieux !

Oh! pour moi, si jamais j'enviai le génie, La grâce irrésistible avec la force unie;

El si jamljilioiiiie, en mou désir jaloux. L'art (les grands et beaux vers, ce don puissant et doux, 0 mes frères des champs ! c'est surtout quand je songe Combien de fiers esprits se donnent au mensonge, Qui pourraient aujourd'hui, par la foule écoutés, Passionner pour vous les bonnes volontés, Et dire, en propageant l'amour de la nature, Tout ce qu'eut de grandeur la terre et la culture.

Oui, je sais, oui, je sens quel ineffable attrait Au souffle du génie en cette œuvre naîtrait!

Sous ces fiers horizons qu'ébrèchenl les montagnes,

Dans cet encadrement splendide des campagnes,

Où, nimbe lumineux, plane toute beauté,

Avec quelle puissance et quelle majesté

Un génie inspiré, barde chrétien, vrai mage,

De l'homme au Créateur susciterait l'hommage!

Qu'il sera beau toujours, le tableau souverain,

Qui, dans un paysage à la Claude Lorrain,

A l'heure où tout se tait, À l'heure où le jour baisse,

Quand les grands bœufs couchés rêvent dans l'herbe

Au loin nous montrera le laboureur pieux, [épaisse,

Son sillon achevé, de l'œil cherchant les cieux,

Page 1