‹ Le poème des champsChapitre 34 sur 181 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Tandis que Dieu, présent du sommet à l'abime, Bénit l'humble ouvrier dans son œuvre sublime. Du poème des champs, tel est du moins, tel est A mes yeux le symbole et l'idéal complet; Des deux extrémités de l'immense carrière, La bénédiction répond à la prière; Et, comme le bon grain dans le sillon obscur, L'espoir de l'infini germe au fond d'un cœur pur!

Oh! pour faible qu'on soit, une telle pensée

Ne laisse pas une âme à la terre fixée ;

L'inspiration sainte habite des hauteurs

Où passent constamment les souffles créateurs ;

Et quand son regard touche à quelque aube éternelle,

Le plus petit se lève et sent croître son aile !

C'est donc pourquoi, Seigneur! confiant sans orgueil,

Du domaine des forts j'ose franchir le seuil

Pour chanter, voix chétive et trop longtemps muette,

Le poème entre tous digne d'un grand poète!

0 Dieu! roi de l'atome et roi de l'univers,

Dont le nom à lui seul peut consacrer ces vers,

Souris à l'humble effort! prête à qui te proclame

Un reflet des splendeurs, un rayon de ta flamme.

11 dépendra de toi que de frêles accents,

Comme les plus aimés, comme les plus puissants,

Dans un monde troublé, dans un âge indocile,

Au chemin des esprits trouvent l'accès facile ;

Plaise à toi m'accorder l'honneur immérité

D'avoir aux }ours présents dit une vérité !

En faisant mieux goûter, en faisant mieux comprendre

Le devoir à remplir et l'hommage à te rendre ;

En montrant l'arrêt même à qui cherche la loi ;

En plantant dans le sol l'étendard de ma foi,

Que je conquière une âme à la croyance auguste,

Que je touche un grand cœur, que je ramène un juste,

Que je gagne un soldat au saint labeur des champs.

Seigneur! et je croirai que tu bénis mes chants!

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