LIVRE DEUXIKME
Tes aspects émouvants, tes sites bien-aimés! Que du moins aujourd luii quelques chers paysages, Fût-ce encor pour moi seul, revivent dans ces pages; Heureux si l'exilé qui rêve du retour, Essuie, en me lisant, une larme d'amour!
Je sais près de ma ville une retraite sombre,
Où d'antiques noyers baignent leurs pieds dans l'ombre
D'une laine charmante et soyeuse au toucher
La mousse et le gazon tapissent le rocher;
Les brises en chantant y bercent dans les haies
Tous les nids babillards descendus des futaies ;
Le thym qui se détache en un gazon plus clair,
Dune agreste senteur à l'entour trempe l'air;
Un murmure de flots fuyant vers la prairie.
Aux soupirs de la feuille errante s'y marie.
Et, tant que ce doux bruit invite à sommeiller.
Le tronc moussu d'un chêne offre un large oreiller.
Puis, vers les rocs altiers qui sur ce fond dominent.
Deux sentiers escarpés par les vif^nes cheminent Aux liTottes qui nous font un asile charmant, Tout d'admiration et de recueillement.
Ailleurs, nappe d'arp:ent fluide, qui s'épanche En faisant poudroyer sa folle écume ])lanche, Ruisselante au soleil, ou glissant tour à tour Sous la feuillée opaque, impénétralile au jour, Déployant, comme un pont de sylphes, son arcade, Et d'un bond éternel, jaillissant en cascade, La rivière inquiète et qui toujours se fuit. Gémit son lai plaintif aux échos de la nuit... La cascade, les bois et les grottes chéries, C'est, ô mes souvenirs ! tout le val des Estries.
Plus loin! je sais encor, sur un mont enchanté, (Jn Éden où mon rêve est souvent emporté ; Large cratère éteint, ermitage rustique.
Couronné de festons comme une coupe antique,
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Oasis qui sourit, fraîche et suave à l'œil, Là même où le volcan fit gronder son orgueil, Comme on voit sur un sol où l'ang des batailles Prodigua largement l'engrais des funérailles, Des groupes de pasteurs dont l'humhle ambition Se dispute un bluet, idylle en action, Fouler, en se jouant, les gazons de la tombe, Plus verts toujours où fut plus vaste l'hécatombe.
Ce cratère ignoré d'un Vésuve inconnu, Où le tourisme allier n'est point encor venu, Et qui cache à demi, comme des fleurs champêtres. Son bosquet de bouleaux dans sa forêt de hêtres, C'est Bar, le mont de P.ar, dont le galbe onduleux Ébrèche fièrement les grands horizons bleus. Et, suivant la saison, montre à la plaine heureuse Les frimas éclatants ou la verdure ombreuse.
Plus haut, plus haut toujours! Coinmi» d'ardents aiglons l'raiichissons maintenant lollines et vallons !
Élance-toi, mon âme, au pied des vastes nues,
Et va loucher de l'aile aux cimes inconnues,
Où la mer de l'espace épanouie aux yeux,
Semble nouer sa gaze à la gaze des cieux ;
Où le vent du désert courbe la forêt grise.
Comme l'épi qu'incline en se jouant la brise.
Salut au mont Mezenc qui, de son cimier blanc,
Dépasse la tempête acharnée à son flanc !\^V
Salut au fier géant qui, vieillard sous la neige,
Voit éclore à son ombre un printemps qu'il protège,
Et posant son pied rude en des prés toujours verts