LIVRE DEUXIÈME
Ah! c'est là que notre âme, au vent qui Ta saisie,
Sent planer à plein vol, l'esprit de poésie !
Là, jetant sur un orbe incessamment grandi,
Par l'immensité même un regard enhardi,
Et conquérant de l'œil, aux profondeurs lointaines,
Pics^ sommets et versants, coteaux, vallons et plaines;
Et voyant tour à tour, sous le limpide éther,
Blanchir ou s'azurer les Alpes ou la mer;
Tandis que l'infini, deviné dans sa gloire,
Chante du Créateur l'éternelle victoire,
Taudis que le soleil, au soir silencieux
Confesse, en s'inclinant, qu'un autre est roi des cieux,
Le poète, enivré des splendeurs de l'abîme.
Mêle enfin son cantique à l'Hosanna sublime !
0 lueurs du couchant! nappes d'or et de feu,
Comme un flot attardé de la pourpre de Dieu
Traînant sur les sommets où l'ange des soirs passe,
El d'un dernier reflet illuminant l'espace,
50 LE l'UiiMK l»i;s CHAMl'S
Horizons embrasés dans la fuite du jour, Salut! je vous salue avec un cri d'amour, Avec un cri pieux qui franchit vos barrières, Et, par delà vos cieux, va se fondre en prières!...
Si tels sont de nos monts la grandeur et l'atlrait,
Qui, les ayant connus, qui donc les oublierait?
Est-ce le montagnard épris des altitudes,
Qui voulut^ se faisant l'hôte des solitudes,
Déchitïrer, par delà l'azur illimité,
Le mot éblouissant dit par Timmensité?
Non ! Mais de ces hauteurs que j'aime et sus comprendre,
Au sujet de mon choix il faut bien redescendre;
Et, pour rester fidèle au poème des champs,
A de moindres tableaux restituer mes chants.
Doux effort! Quand déjà tout amour nous convie
A revenir au toit qui cache notre vie,
Où pour nous, au retour, gazouille allègrement.
Le rire ou le baiser, concert vague et charmant;