LIVRE HEUXILME
•juaiid le doux nid esl la; (juand dans la pai^ rùvée, S'y blottissent joyeux la mère et la couvée; Quand c'est là que le sol, gardien de notre amour, Par de lourdes moissons rend grâce au bon labour, Tandis que s'accomplit, sous l'œil de la nature. L'austère et grand devoir, l'œuvre de la culture. Eh! de quels lieux plus chers dirais-je le renom, Toit et sol bien-aimés! si je tais votre nom?
0 bois de Senilhac, ô profondeurs discrètes! Le poète ignoré qui chérit vos retraites Eut-il, même de loin, eut-il jamais un jour. Moins vif et moins poignant le souci du retour? Combien de fois cherchant, dans l'image impuissante, Quelque cher souvenir de la patrie absente. Ne demanda-t-il pas au doux songe furtif De lui rendre un instant son Eden fugitif? L'àme du montagnard, de son regret remplie. N'en voulant pas guérir, veut douter qu'on oublie;
Et la mienne est ainsi. Mou désir amoureux Resta fidèle à tout ce qui m'a fait heureux; Jeunes émotions que nul n'a su décrire ! C'est tout ce qu'adora l'enfance au frais sourire; C'est le tertre où pour nous un vert gazon germa; C'est l'arbre qu'a planté quelqu'un qui nous aima; C'est le parfum, le bruit, le rayon, le murmure, Neiges des chers printemps, sous la folle ramure; C'est le sentier caché qui fuit vers les grands bois. Et l'écho ricaneur qui contrefait les voix, Et dans la grotte, hélas! désormais souvent seule, Le siège de vieux cliène où s'asseyait l'aïeule ; Tout est là ! car c'est là que la main du Seigneur Fit largement pour nous la part du vrai bonheur. Oh oui ! dans ces vallons que l'humble source arrose. Où l'églantine éclot moins rare que la rose. Où les âpres rochers, contemporains des cieux, De sévères aspects souvent frappent les yeux. Sur ces flancs décharnés où le torrent s'égoulte El qu'un maitre étranger dédaignerait sans doute. J'ai trouvé, je savoure en mon rêve accompli, La liberté meilleure encore dans l'oubli!
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Certes, les frais jardins et le bois sans clôture.
Parc sans art, non sans grâce, où suffit la nature,
N'ont rien d'un grand attrait, rien qui dût plaire ailleurs.
Et cependant, les fruits n'y sont-ils pas meilleurs,
Les ombrages plus verts, les clartés plus sereines,
Et tous les gais oiseaux plus chanteurs dans les frênes?
J'y suis né, j'y suis libre, et moi-même ai semé
Plus d'une de ces fleurs au calice embaumé!...
Nonce n'est point Tibur; je n'ai pas de cascade;
L'eau qui fuit n'a baigné ni le pont ni l'arcade ;
La ruine, à grands frais construite dans un coin,
Ni les fûts cannelés renversés avec soin,
Ni même, par le temps de lierre revêtues,
(Ce que j'aimerais mieux) les muettes statues.
Ni les vases de marbre au galbe précieux,
Ni les vasques de bronze où boit l'oiseau des cieux;
Non, rien de ce que l'art créa de magnifique
Ne"prête son orgueil à mon fief pacifique!
5i LE POÈME DES CHAMPS
Kt pourlaiil, Dieu le sait ! il s'y voit de beaux jours. Pour ignorés qu'ils soient, nos bois feuillent toujours; La nature jamais ne dédaignant personne, Le bel ami printemps dont l'haleine frissonne Prodigue également sourires et chansons, Des plus fiers peupliers aux plus frêles buissons. Quand mai fait tout verdir, des cèdres aux broussailles, Tout se passe chez nous aussi bien qu'à Versailles; Nous avons tout autant de nids, de voix, d'échos, Las ! et plus de bleuets et de coquelicots.
Voici les beaux soleils! Déjà, la terre émue
Sent, aux douces chaleurs, le germe qui remue;
Les trèfles ondulés et les jeunes épis
Font aux plaines sans fin de splendides tapis;
Mille petits œillets vont étoiler la mousse.
Les pois rampants déjà sentent gonfler leur gousse,
Et les amours hâtifs dans un calice plein,
Aux fécondants baisers appellent le i)ollen.