LIVRE DEUXIÈME 5S
l.os fruits verts, flours liier, déjà pendent en grappe;
L'eau s'ochaulîo, l'iris se penche sur la nappe ;
Les pâles nénuphars et les volubilis
Y semblent un reflet des gazons et des lis ;
Et bientôt se nouant aux caprices des grilles,
La treille qui festonne a contourné ses vrilles.
Et plus loin c'est au bois que l'air est enivrant!
Le lilas embaumé, le cytise odorant,
Les noirs épicéas, les sapinettes blanches,
Le gaînier qui n'a pas une feuille à ses branches,
Mais qui livre aux ébats des zéphirs querelleurs
Le fragile trésor de ses thyrses de fleurs,
Tout est couleurs, parfums, bouquet, touffe ondoyante,
Ou massif épais d'ombre, ou lueur chatoyante;
Et qui donc songerait à regretter encor
Les quiconces princiers bardés de grilles d'or?
Si dans le parc étroit et le jardin modeste La médiocrité souriante s'atteste.
Le tout petit manoir, bien que décapité,
Se complaît aussi, lui, dans sa simplicité.
Le vieux donjon n'est plus. La dernière tourelle
Abrite vaillamment.... des nids de tourterelle,*
Le portail, s'il lui plaît, fermant tout juste un peu.
Nous laisse confiants à la garde de Dieu;
Si bien qu'avec sagesse, en tout point, l'édifice
Semble se conformer à son petit office ;
N'excite au cœur de ceux qui longent les jardins
Ni sentiments jaloux ni superbes dédains,
Et s'accordO;, n'étant ni palais ni chaumine,
Avec ce qui l'entoure et ce qui le domine.
C'est villa de poète ou de cultivateur.
Sans montrer aux hameaux un éclat contempteur,
Elle garde, cachée à l'ombre des grands ormes.
Pour tout luxe, des fleurs, quelques épis énormes.
Quelque blé gigantesque, en trophée avec art
Sur les murs appendu pour capter le regard,
Quelques livres aimés, quelques portraits d'ancêlres,
Et l'hospitalité vivante au cœur des maîtres,
Et cet attrait que donne en des loisirs permis,
Aux banquets souriants la couronne d'amis.