LIVRE DErXlilME
Aux plus beaux souvenirs de Irioniphe est unie, Et qu'un maître chrétien revêtit de génie!... Oh! que de fois, devant \a champêtre maison, En face des splendeurs calmes de l'horizon, \'ous m'avez enivré. Monseigneur, de l'idée Par qui fut si longtemps votre âme possédée; El que de fois, depuis, nous avons redit haut Comment, l'airain voulu faisant encor défaut, La France en ces jours-là prodigue de sa gloire, Pour premier souscripteur vous montra la victoire ; Et, dans le noble espoir des triomphes promis, Vous offrit pour métal les canons ennemis!
Ee métal fut conquis. La glorieuse image
IJes peuples accourus reçut l'immense hommage ;
El le diviu enfant, souriant et béni,
Élend sur nous sa main pleine de l'infini.
Mais ayant évoqué les fastes de Crimée Inscrits au livre d'or de notre jeune armée.
C'est mon droit, j'en suis fier, de saluer ici
L'homme qui, se vouant aux luttes sans merci,
Sentant son cœur toujours plus grand que l'occurrence,
Saisit d'un bras de fer le glaive do la France ;
Et, poussant droit au but, conquit avec son nom
Ce glorieux métal qui fut hier canon ;
Malakoff! nom nouveau, digne de l'épopée.
Et tout resplendissant d'une lueur d'épée!
Blason ducal, sorti rayonnant du danger,
Qui marque un fief de France au seuil de l'étranger;
Titre cher désormais à l'histoire fidèle,
Qui raconte d'un mot une page immortelle.
De reflets merveilleux, souvenirs constellés!
Salut! Salut au front où vous étincelez !
Ce qu'avant tout j'admire en vous, fier capitaine! Ce n'est point cent combats sur la terre africaine Non! ce n'est même pas la victoire, à plein vol. Planant de Malakoff jusqu'à Sébastopol.... Certes ! ce furent là des faits de tant de gloire,
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Que le monde, un moment, hésita pour y croire !
Mais des victorieux illustres, éclatants,
Ce cher pays de France en compta si longtemps !
Et le passé dont l'ombre encore nous protège
De héros à nos deuils fit un noble cortège...
Duc! ce qui, je l'ai dit, vous donne aux premiers rangs
Place à part, et vous fait grand entre les plus grands,
Plus que d'avoir vaincu, c'est d'avoir, quand le doute
Envahissait toute âme et nous barrait la route,
Dit d'avance et d'un cœur en sa force assuré :
« Vaincre, c'est le devoir suprême. Je vaincrai! »
Le hasard, la fortune ont parfois, qui l'ignore?
Fait d'un soldat heureux un vainqueur grand encore;
Mais le seul immortel est celui, quel qu'il soit,
Qui, conscient du but, au but a marcJié droit,
Méritant ce jour-là,, dans sa fière assurance,
L'honneur, l'insigne honneur de se nommer la France!
XXIU
Et maintenant, pourquoi lairais-je dans ces vers Combien ils vous sont dus à des titres divers?
Gïi LE l'OKME DES CllAMl'S
O Duc! sur le plateau robclle où je défiiilie,
Nous gardons amitié pour le vallon plus riche ;
La villa solitaire aux champs de Senilhac,
Ne saurait oublier les voisins de Ceyssac.
C'est là qu'avec orgueil nous avons vu naguères
De nobles vétérans venus des grandes guerres,
Rassasiés d'honneurs, chercher l'ombre et l'oubli
Dans un castel charmant par la grâce embelli.
C'est là qu'il vous plaisait fuir les sphères plus hautes ;
Et Senilhac vous vit alors parmi ses hôtes.
Et nous avons aimé le héros, le vainqueur,
Aux plus obscurs travaux intéressant son cœur^
Sans dédain pour nos champs et leur modeste école,
D'un regard qui voit tout, suivant l'œuvre agricole,
Saluant en ami le semeur au labour,
Et les riches moissons dignes de tout amour.
C'est qu'il sut, le héros, priser, aimer, comprendre
Cette œuvre dont j'ai vu tout vrai penseur s'éprendre,
L'œuvre du paysan, le grand devoir sacré
D'alimenter le monde en restant ignoré ;
Tout comme il se complaît, multiples aptitudes,
A mêler par instants aux grands sujets d'études
Tous les délassements moins graves de l'esprit :
Ainsi, nous le savons, la muse lui sourit.
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Ce rude ami des camps, (lu'attire aussi la grâce,
Au beau pays latin converse avec Horace ;
Et dans Tintimité du poète introduit,
D'un vers facile, imite Horace ou le traduit,
Et tel quatrain signé de son noble paraphe,
Ajoute au prix des vers le prix de l'autographe.
Enliu, lettré disert et guerrier triomphant,
On le voit condescendre aux désirs de l'enfant.
Sa redoutable main, faite aux jeux de l'épée.
Obéit aux marmots et joue à la poupée ;
Et lorsque la plus jeune en pleurs lui tend les bras,
Il l'endort dans les siens en fredonnant bien bas.
Jeanne, ù mon cher trésor! fillette bien-aimée, A gouverner les cœurs très jeune accoutumée, Car avec vos trois ans on dit que c'est raison Que vous soyez déjà reine de la maison, Vous eûtes, savez-vous, des honneurs bien précoces, Dont il sera parlé, sans nul doute, à vos noces;
En alleiidaut, je garde ici ce souvenir : A dix mois, vous étiez, il en faut convenir, L'ange de la bonté, mais aussi du caprice. Vous vous lassiez souvent du bras de la nourrice; Et, quand les gros chagrins succédaient aux doux ris, Il fallait, belle enfant! pour apaiser vos cris, Et pour vous agréer aux instants de colère. Être bien richement pourvu du don de plaire. Ce jour-là, votre front apparut soucieux; Nourrice, frère et sœur avaient tort à vos yeux. Sans doute il eût fallu que la mère elle-même Pût tout quitter pour vous, le despote suprême ! A son refus, les pleurs amers coulent à flots. Et votre sein gonflé déborde de sanglots. Mais le fier Malakofï, déjà pris à vos charmes. Est là qui vient à vous indulgent pour les larmes ; Si bien qu'en un instant vous n'aimez plus que lui, Et que pour égayer un si farouche ennui. Votre cœur, en haut lieu plaçant sa préférence, Veut tout modestement un maréchal de France.
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Or, In lidii maréchal étant du même avis, Vos vœux sont exaucés, vos ordres sont suivis. Il vous berce, il vous fait sourire et bientôt rire, Et les folles gaietés ne se peuvent décrire ; Et jouer de la sorte a pour vous tant d'appas. Qu'il faudrait qu'à présentie jeu ne finit pas; Et votre main devient à ce point familière Qu'elle se prend sans gêne à la moustache altière, Et le vainqueur des Czars vous ayant tout permis, Tient la place d'honneur au rang de vos amis. Et l'on se dit voyant la fillette charmée Conduire par la barbe un conducteur d'armée, Que ces cœurs de lions au courroux redouté, Ont aussi leur trésor de grâce et de bonté !
Peut-être, enfant! j'aurais peu de peine à le croire. Sera-ce là pour vous le plus beau jour de gloire. Il me parait douteux^ que vous trouviez jamais
Pour essuyer vos pleurs un liéros désormais, Un héros dont la main ailleurs mieux occupée Ait au livre du sort écrit avec l'épée!...
Malakoff! ce nom-là doit vivre l'avenir; Gardez donc, ô mes vers, gardez ce souvenir !