LIVRE TROISIÈME
Uue ferme, lectrice, a, tout rustiquemenl,
Son grain de poésie et sa part d'agrément.
D'abord la basse-cour, en son joyeux vacarme,
Pour un œil réaliste est-ce un tableau sans charme?
Plus d'un pinceau sincère y fut souvent séduit.
Quel fouillis de couleur, de mouvement, de bruit!
Gloussements et caquets, cris aigus, chant sonore.
Donnent la bienvenue à la précoce aurore.
Hors des groupes criards, où vont se confondant
La timide pintade et le coq impudent,
J'admire la couveuse inquiète, effarée.
Au plus obscur recoin cherchant la picorée,
Et, pour un vol d'oiseau qui passe dans les cieux,
Ralliant ses poussins sur son cœur anxieux.
Non loin, au plus haut pic du tas d'engrais qui fume,
Un poulet gros d'orgueil bat les airs de sa plume ;
Fait poudroyer le sol sous son jeune éperon,
Et jette, comme un preux sonnant d'un fier clairon,
En son petit fausset qui piaulait naguère,
De suprêmes défis ou d'amour ou de guerre.
T2 Li: I'ueml; des champs
Taudis que ce vainqueur qui n'a pas combattu
Exalte à grand fracas sa force et sa vertu,
Et faisant mal ses frais de gloire on de conquête,
N'a pu capter l'aveu de la moindre coquette.
Sans perdre ainsi leur temps, deux pigeons amoureux
Font la dmelte et vont se becquetant entre eux,
Et du jeune orgueilleux que personne n'écoute,
Riraient bien, s'ils n'avaient mieux à faire sans doute.
Plus loin, hors de la grille où ce monde vivant,
Grouillant, criant, gloussant, va toujours se mouvant,
Vers la mare où le saule éploré pend ses branches,
L'escadre des canards ouvre ses voiles blanches;
Flottille de forbans âpres à tout bulin.
Qui dans les fonds vaseux déciment le fretin,
Chaque plongeur, efl'roi de la carpe nacrée,
Revient la proie au bec, se hâte à la curée,
Et, tout cahin-caha, gagnant le sable d'or,
Met son ventre au soleil, lus(rc::;i plume et dort.