‹ Le poème des champsChapitre 49 sur 181 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

Si naturellemcnl semble nous arriver,

Qu'à peine uu vrai penseur advienl-il d'y rêver,

Et de souger parfois que là-haut quelqu'un veille ;

Et l'homme mange et boit sans se dire : 0 merveille !

Pour moi qui vais cherchant le dernier mot de tout,

Je vois le doigt de Dieu; je vois, je sens partout,

Dans le moindre détail que m'offre la culture,

L'œuvre du Créateur aidant la créature ;

Tout m'éblouit alors ; tout, se transfigurant.

Oui, même le fumier, tout est beau, tout est grand;

Et l'humble ruminant qui passe me ramène

Aux compréhensions d'une loi plus qu'humaine,

Dune loi d'harmonie et d'ordre, d'une loi

Qu'admire la raison et qu'adore la foi.

Ah! si l'on consentait à méditer ces choses. On saisirait bientôt l'enchaînement des causes; On croirait au bienfait qui, visible en tout lieu, llattachant tout à l'homme, allant de l'homme à Dieu,

Doime l'Iieiljc à l'agucau, dans le pâtis sLipeihe, l^our (|ue l'agneau repu donne lengrais à l'lierl)e, Et nourrit, au seul gré du grand ordonnateur, La plante ou l'animal, pour (lu'un obscur pasteur Ait à boire du lait, à tisser de la laine Et la chair à livrer aux hommes de la plaine.

On s'émerveillerait que les engrais divers,

Accrus des sels épars en suspens dans les airs,

Recueillis, condensés par la neige ou la pluie.

Ou le brouillard tloltant qu'un vent d'aurore essuie,

Reviennent saturer l'épais sillon fendu

Par le glaive fouilleur de l'araire assidu ;

Tout cela, pour qu'un grain germé boive la vie

Dans le sein généreux du sol qui le convie ;

Pour qu'un brin de froment, bien-aimé du soleil.

Naisse, grandisse, et montre au jour l'épi vermeil;

Pour que, la fleur passée et la moisson venue,

On rapporte sur l'aire une gerbe grenue;

Pour que l'espoir sourie où menaçait la faim,

Pour que la meule tourne... et que l'homme ait du pain,

Et qu'il rende humble grâce à cette Providence

Dont l'éternel bienfait est plus qu'une évidence.

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