‹ Le poème des champsChapitre 58 sur 181 · LIVRE THOISIÈML · texte numérisé non relu

LIVRE THOISIÈML

Pour uu salaire ingrat et trop prompt à tarir,

\'ers tout chautier lointain il lui fallait courir:

Et le travail cessant, il fallait, lutte amère!

Retrancher sur le pain pour Tenfant ou la mère.

Désormais, l'atelier pour lui s'ouvre toujours;

Et s'il prodigue au sol sa peine et ses longs jours,

Si son bras, secondé par un mâle courage,

Laisse une rude empreinte en quelque rude ouvrage,

wSi sa bêche intrépide atteint jusqu'au plein coîur

Le sous-sol résistant qu'il déchire en vainqueur,

Quand viendra la moisson, du moins, lorsque la gerbe

Fera gémir les chars sous un fardeau superbe,

Lorsqu'il verra l'épi gonflé de pur froment,

Sur l'aire, en grappes d'or, ruisseler lourdement,

Et faire rejaillir sous le fléau qui vibre,

Gomme de lourds grêlons, le grain devenu libre,

Sa part, sa juste part, grossissant sous ses yeux,

A ses labeurs passés il rêvera joyeux;

Car les nobles sueurs dont il baigna la plaine,

Faisant le grenier plein après la grange pleine,

Auront, grâce à celui de qui vient tout amour,

Donné, sous l'humble abri, le pain de chaque jour.

94 LE l'OÈME DES CHAMPS

Voyez! Louvre exigu d'un tout petit royaume,

La petite maison rit sous l'auvent de chaume;

Cep au midi, vieux lierre au nord, mousses aux toits,

La végétation partout grimpe à la fois.

Dans l'humble jardinet où bruit la fontaine :

Trois pommiers, deux rosiers touffus, une trentaine

De choux, quelque salade entre deux rangs de thym

Que les mouches à miel pillent dès le matin;

Dans la petite cour, en joyeux pêle-mêle :

Deux vaches et leurs veaux pendus à la mamelle,

Cinq joHs agnelets sous cinq mères brebis,

Dont la laine en deux ans fera trois bons habits.

Douze poules donnant leur œuf toutes les douze.

Plus un coq très superbe et qu'un poulet jalouse,

Une chèvre barbue à l'œil évaporé.

Un petit cochon gras, vienne la Saint-André,

Et le chétif Brisquet, pauvre chien sans ancêtres,

Très rageur au passant et très doux à ses maîtres;

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