LIVRE TROISIÈME D
Ur ce que je dis là, dans un vers simple et uu, Emprunlaiit au vrai seul quelque attrait ingénu, Ce n'est point un caprice, une vaine utopie, L'un des songes dorés de la philanthropie ; Je dis ce que j'ai vu : j'ai vu ce que je peins. De pauvres bûcherons, élagueurs de sapins, Mangeant l'été; l'hiver, dans leur bouge ou leur antre Passant les mauvais jours à se serrer le ventre. Et mordant lentement, en croyant se nourrir. Un morceau de pain gris qui ne fait pas mourir. Je les ai vus, séduits malgré le roc reveche, Attaquer vaillamment le sous-sol à la bêche, Elîoiidrer pied à pied (juelque vague terrain Pierreux, aride et dur comme un pavé d'airain, Et conquérir enfin, sur la lande ou la grève, Des moissons que jamais on n'espéra qu'en rêve. De mes colons, ainsi remplaçant les fermiers, Ils fnrciil lo plus durs l'I furcnl h's piviniers ;
98 LE l'OÉME DES CHAMPS
L'un deux, le plus vaillant, est mort, mort à la peine, Hélas! mort de travail à vingt-cinq ans à peine; Je l'ai pleuré, parti sitôt avant le soir!... Pendant quatre ans du moins, il eut un long espoir.
Un autre, ayant bien fait dans ses premières tâches,
Recevait de ma main un araire et deux vaches ;
Dans le petit chalet tout neuf construit pour lui,
Il promena d'abord son regard ébloui ;
Puis contemplant au loin le bout de plaine nue
Que je livrais alors à son ardeur connue,
(Devrais-je ici le dire? Eh mon Dieu! pourquoi non?
C'est là ma récompense et l'exemple en est bon!...)
« Tenez! murmura-t-il daifs le patois que j'aime,
Vous aurez fait pour moi plus que mon père même ;
Il m'a donné la vie, et vous aurez donné
A ma mère, à ma femme, à notre premier-né,
Le grain de notre pain, l'abri contre l'orage,
Et l'espoir du repos pour les jours d'un autre âge.