LIVRE QUATRIÈME
Sur ce tableau sinistre il jette un long coup d'œil.
« Oli! dit-il, dédaigneux de l'hiver qui l'assiège,
Femme! va, ce n'est pas un méchant brin de neige
Qui me ferait oisif et me tiendrait dedans,
Quand nos quatre marmots joueraient si bien des dents.
Le sol n'est pas si dur, ni le temps si revèche,
Qu'on ne put bien aux champs planter un fer de bêche;
Mais, dans nos environs, pas de chantier ouvert!
C'est le chantier qui chôme et non pas moi. L'hiver,
Malgré neige et tempête et bises forcenées,
Combien un bon bêcheur perdrait peu de journées!
Et comme on braverait la tourmente et le vent,
Si terre à remuer ne manquait trop souvent.
C'est dur, c'est pourtant dur, ma pauvre Madeleine,
Qu'un bêcheur de ma sorte, avec sa maison pleine
D'affamés, bon à tout, et dans toute saison
Voulant, pour rapporter la joie à la maison,
Bûcher ferme, gagner honnêtement sa vie,
Ne puisse pas toujours contenter son envie!
Un jour tel qu'aujourd'hui, comme on défoncerait
Un bon carré de champ qui certes serait prêt
En mars, pour qu'on y pût semer de la lentille,
Et récolter le pain de toute une famille !...
Enlinl... c'est l'hiver. Oui, mais ce n'est pas de quoi
Chasser de son travail un homme comme moi. Qu'y faire? Attendre encore, et forcer la nichée A faire deux morceaux dune seule bouchée!... »
0 vous tous, possesseurs de champs improductifs, Qui pourriez au travail guider ces bras actifs, Vous à qui tout progrès devrait sourire, en somme, Voilà le défricheur, et cet homme est votre homme ! Ouvrez, je vous l'ai dit, ouvrez à ses efforts Cette utile carrière où se montrent les forts ; Au vaillant qui se fait du repos une honte, Donnez, avec les fruits, le travail à son compte ; Donnez-lui deux ou trois récoltes s*il le faut! Mâtez-vous! avant peu les bras feront défaut; Et quiconque voudra s'attaquer aux jachères, Pourr'a trouver alors les mains-d'œuvre très chères. Quant à moi, prévoyant, voici bien des saisons, Cet avenir prochain, par des combinaisdns Qui se prêtent à tout dans leur forme flexible,