‹ Le poème des champsChapitre 75 sur 181 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

J'ai pu, comme il fut dit, agrandir le possible. Auprès des métayers nouveaux, dont j'ai fait voir L'infaillible progrès et le fécond devoir. Transitoire colon et défonceur rapide.

Le bêcheur à son compte, entre tous intrépide, Pulvérisa le tuf sous l'àpre dent du fer. Puis, des terrains conquis durant un rude hiver, Dans un assolement qui pour tous est la règle. Il eut, après lentille, orge, ou méteil, ou seigle : Deux récoltes dont lune est sarclée avec soin. Sur son blé, j'ai semé trèfle, ivraie ou sainfoin ; Et le sol rentre ainsi dans ma propre culture, Donnant double fauchée, ou bien double pâture ; Et chacun de la sorte ayant part au Ijienfait, Le bêcheur eut les fruits et le progrès s"est fait.

Voilà tout mon secret. Secret naïf d'une œuvre Où j'ai, pour tout agent, le plus chétif manœuvre ; Où le plus simple outil, bêche, pioche ou bident, Donne au bien social un appoint évident.

13i2 LE POÈME DES CHAMPS

Certes! pour propager les leçons de l'exemple, J'aurais dû signaler quelque bienfait plus ample; Et pour mettre en honneur le progrès et ses lois, J'avais mieux à choisir que mes petits exploits. J'admire et puis citer, dans le monde agricole, Des maîtres autrement dignes de faire école ; Mais aurais-je chanté d'un vers plus convaincu D'héroïques moyens sans lesquels j'ai vaincu?

Mon système a du bon; je le sais, je l'atteste. Or, dût rester ma part entre toutes modeste, 11 n'est telle victoire à faire sonner haut Que celle où l'on marcha le premier à l'assaut.

Quand l'effort aboutit, mesure-t-on la joie A la grandeur du cadre où l'effort se déploie? Et dans le fief étroit où le vainqueur se plait, Ne peut-il pas tenir un bonheur très complet? L'ami des champs sait-il fête à ses yeux plus chère,

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