LIVRE QUATRIÈME
Que de voir, sur un sol dégradé de jachère, Où la ronce à l'aspect agressif, comme un deuil Étala bien longtemps son malfaisant orgueil, De voir, prix des labeurs et des sueurs sacrées, Sourire enfin les fruits des plus belles contrées?
Beau spectacle! Pour moi, quand va venir l'été, Aux derniers jours, plus sûrs, du printemps enchanté, Quand, dans l'apaisement de l'heure calme et douce, Sous de tièdes rayons toute récolte pousse, Comparant, sur un champ autrefois sans valeur, Le passé plein d'épine au présent plein de fleur. Voyant autour de moi tout prospérer, tout vivre, Je sens naître, en mon cœur que la nature enivre. Devant le paysage à jamais embelli, Les sereines fiertés du devoir accompli. Qu'il fait bon vivre alors ! comme l'àme savoure La multiple beauté de tout ce qui l'entoure ! Comme l'heure, en glissant sur la pente du jour. D'un à l'autre tableau promène notre amour!
Le jour vient d'apaiser ses gerbes de lumière;
Lentement les troupeaux regagnent la chaumière ;
Un vieux pâtre attardé rêve, écoutant au loin
Gémir les chars pesants sous les monceaux de foin ;
L'érable agite à peine au vent ses larges palmes ;
La chanson des faneurs s'éteint dans les cieux calmes;
L'écho répond. Plus bas c'est la cascade en pleurs
Qui murmure une idylle aux ivresses des fleurs;
Tout calice trop plein languissamment s'épanche ;
La tige en frémissant vers la tige se penche ;
Le pollen des grands lis, mystérieux espoir,
Vole, avec le parfum, dans l'haleine du soir;
Partout l'enivrement, radieux comme un rêve,
D'un splendide coucher de soleil qui s'achève ;
Partout le crépuscule à pas lents descendu
Des profondeurs sans borne où le jour s'est perdu ;
Partout ton grand sourire, ô nature éternelle !
L'infini sait ta gloire, et Dieu qui, sous ton aile,
Abrite l'homme, et l'être, et l'éther, et les flots,
Te fait une harmonie immense de sanglots!