‹ Le poème des champsChapitre 77 sur 181 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

Bientôt la vaste nuit dévoile aux cieux sa pompe.

Les hauts monts, que la brume à grands coups d'aile estompe,

Plus confus, plus lointains de moment en moment,

Comme un songe indécis plongent au firmament;

Les larges nappes d'eau, velours sombre et superbe,

Se déroulent sans ride et s'étalent sur l'herbe ;

Tandis que, sur la grève où la vague s'endort,

De mourantes clartés fondent en neige d'or.

Oh! combien tout est doux! et la brise qui passe,

Et l'astre errant qui sombre illuminant l'espace;

Ces nuages, troupeaux à la blanche toison,

Qu'un pâtre aérien guide vers l'horizon;

Et parfois, émergeant d'une frange d'opale,

La lune humide encor dans son nuage pâle ;

Les parfums égarés, par un souffle fondus ;

Les rayons ruisselants dans le vide éperdus ;

Ces larmes de désir que pleurent les étoiles ;

Tant de charmants éclairs et tant de charmants voiles,

Golfes d'ombre, lueurs courant sous les massifs

De bouleaux frissonnants et de saules pensifs ; Le lis à demi clos près d'une eau murmurante; Le rossignol penché sur la tige odorante ; Et la goutte qui perle aux branches de rosiers, Et le susurrement des blêmes alisiers, Et les mille baisers donnés par toute chose, De la brise au roseau, du phalène à la rose, Tout est doux, tout enivre et repose du jour, 0 Dieu bon, et vers toi ton appelle l'amour!

Mais la cloche lointaine au concert bucolique Mole, comme la basse, un chant mélancolique; Et, tout étant déjà grave et mélodieux, L'àme se sent gémir comme aux heures d'adieux. 0 nuit! ô le plus beau des spectacles au monde! Fête où, pour l'œil humain, l'immensité profonde Dans un nimbe d'azur pâle, s'épanouit Comme une gigantesque et sombre fleur; ô nuit! Plaines du firmament, déserts sablés d'étoiles,

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