LIVRE QUATRIÈME
Profondeurs dont l'abime a des lueurs pour voiles, Lacs sans bord de l'étlier, aux remous onduleux, Lacs où les disques d'or roulent dans les flots bleus, Vagues des océans bercés dans l'atmosphère, 0 vagues qui laissez tomber sur notre sphère, Dans un mystérieux et doux ruissellement, Le rayon, la splendeur et Téblouissement, Dites! nous direz-vous pourquoi tout ce qui charme Dans le dernier attrait cache encore une larme? Pourquoi, dans le soupir des soirs silencieux, Pourquoi, dans l'harmonie insondable des cieux. Pourquoi, muets témoins d'une peine immortelle ! Pourquoi de toute ivresse une larme sort-elle?
Larmes des souvenirs devenus le regret, Dont toute poésie a connu le secret, Qu'Horace même apprit de la fuite des roses, Que Virgile chanta dans les larmes des choses, Qu'on voit chez Sanzio trembler sous le regard,
Et qu'on sent ruisseler sur le luth de Mozart!
Larme qui se condense ou se fond en bruines,
Qui jaillit du présent, du passé, des ruines,
De la cendre des morts, du débris des vieux jours,
Et du sépulcre obscur qui murmure : « Toujours ! »
Larmes des souvenirs ! mélancolie austère
Qui savoure la nuit et s'enivre au mystère;
Tristesse qui s'épanche aux sons de l'angélus,
N'êtes-vous point l'adieu de tout ce qui n'est plus?
Oui ! c'est l'heure où, pour ceux qui dorment sous la pierre,
Un pleur inattendu mouille notre paupière ;
C'est l'heure où, résumant tout ce qui souffre en nous,
Le cœur pris de sanglots, nous tombons à genoux.
A genoux! à genoux! auprès de la chapelle Où la voix de nos morts, plaintive, nous appelle; Près de ce champ étroit, douloureux et béni, Où germe, lis du ciel, l'espoir de l'infuii; Près de ce dernier but où va la race humaine, Pâle troupeau fuyant que la mort pasteur mène. Sous la branche du saule ou l'abri du laurier, A genoux pour gémir, à genoux pour prier!