‹ Le poème des champsChapitre 79 sur 181 · LIVRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIEME

Voici, sous le rideau touITu d'un noir feuillage^

\'oici le cimetière ignoré du village ;

C'est là que, chaque jour, dans leur grossier linceul,

La mère après l'enfant, le père après l'aïeul,

Viennent, accompagnés du douloureux cortège,

Dormir le long sommeil qu'une humble croix protège.

Pas de faste. La mauve et le gazon plus vert

Marqueront seuls la place où le sol fut ouvert;

Aucune inscription que l'orgueil sache écrire,

Aux fronts indifférents n'appelle le sourire.

Les noms? pourquoi des noms? qu'importe à l'étranger

Le nom d'un laboureur ou celui d'un berger?

Une pierre? A quoi bon? Le granit ou le marbre

Parlent-ils mieux au cœur qu'un chant d'oiseau dans l'arbre

Et la mère éplorée, en ce réduit de paix

Marchant sans hésiter sous le massif épais,

Ne trouve-t-elle pas, sans que rien le désigne,

Le tertre d'où son ange a pris le vol du cygne?

Du reste, ici le deuil n'a rien d'horrible à voir;

La douleur du chrétien n'est pas le désespoir.

La vie eut des rigueurs qui font la mort moins sombre

Et l'aurore éternelle est fille de cette ombre

Ce chrétien, ce tenant d'une obscure vertu,

Aux combats du travail il a bien combattu;

Ce soldat dans sa marche eut besoin d'une pan

11 est libre, il a fait son étape; il repose.

0 pauvres cœur glacés! ô pauvres yeux, fermés! Dans la paix du Seigneur, ô paysans, dormez Accomplissant la tâche entre toutes austère, Votre droite a laissé son empreinte sur terre. Car, chacun votre tour, vous avez remué Ce sol, où le labeur par nous continué Doit donner aux vivants, dans la moisson féconde, L'épi, ce thyrse d'or, le vrai sceptre du monde.

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