‹ Le poème des champsChapitre 82 sur 181 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

Ruisselez! ravivez ces immenses tapis, Vert et or, où bientôt vont pointer les épis.

Pour moi j'aime à l'égal d'une aurore enchantée,'

Les ors pâles du soir dans la brume argentée,

Et ces fauves lueurs dont resplendit un champ,

Lorsque les blés en herbe aux reflets du couchant

Se courbent enivrés sous les tièdes haleines

Qui, prêtant leur caprice à l'ondoiement des plaines,

Y creusent au hasard maints sillons onduleux;

Comme on voit dans leur vol qui se mire aux lacs bleus

Le rapide alcyon ou la vive hirondelle,

Rasant le tlot qui dort, l'agacer d'un coup d^aile.

Mais le printemps aussi vole en sou jeune essor; Et le rustique écrin va s'enrichir encor. 0 bonheur! juin sourit, inondé de lumière. Pénétrantes fraîcheurs de l'aube priutanière! Voluptueux frisson des heures du matin,

Qu'enivre la senteur du genêt et du thym !

Déjà l'herbe se couche aux pentes arrosées ;

Et, dans les prés en fleurs tout baignés de rosées,

Le faucheur en sabots, sa large faux en main,

Au fourré le plus dru va s'ouvrir un chemin.

Alerte les vaillants ! Que les lames aiguës

Rasent du même coup et lotiers et ciguës,

Les trèfles, la bistorte avec le serpolet,

Et ces maudits crocus qui font tarir le lait.

Et surtout fauchez ras les gramens, fines plantes,

Fines, et, par le pied, riches et succulentes.

Halte un moment ! la pierre humide d'alkali

Kend au fil de la faux, le mordant, le poli.

Séchez vos fronts, et puis à l'œuvre encore! à l'œuvre!

Bien! l'acier en sifflant glisse, agile couleuvre,

Il vibre, il siffle, il crie en dévorant au vol

L'épais tapis, toison verdoyante du sol ;

Et l'andain régulier sur la trace jonchée.

S'allonge en s'alignant derrière la fauchée.

Et le premier faucheur par les autres suivi,

Tous vers le bout du pré se hâtent à l'envi,

Pour trouver, tout au bord, l'ombre de la futaie,

Et la cruche d'eau fraîche à l'abri sous la haie.

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