‹ Le poème des champsChapitre 83 sur 181 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

Midi vient. Le repas, coupé de gais propos,

Donne aux fronts un sourire, aux bras un court repos.

Puis, le soleil dardant, implacable et superbe,

Ses plus âpres rayons au flanc des massifs d'herbe,

La ferme tout entière apparaît à la fois.

Groupe joyeux qui rit et chante à pleine voix!

Tableau resplendissant de vigueurs lumineuses !

Voyez! voyez à l'œuvre et faneurs et faneuses,

Hommes,femmes, enfants, tous pieds nuSjfourche au poing,

Plongent jusqu'au genou dans les vagues de foin.

Et d'une bande à l'autre on lance aux camarades

r)ravades ou défis, joyeuses algarades!

Et les faibles voulant tenir tête aux plus forts,

Pour pousser plus avant, tous redoublent d'efforts.

En avant ! les cheveux que la course dénoue

Flottent à cru dans l'or du rayon qui s'y joue.

Sous le hàle farouche à la chaude lueur.

Déjà ruisselle aux fronts une noble sueur;

Mais l'ardeur des vaillants s'accroit avec la peine ; Braves cœurs ! Nul encor ne songe à prendre haleine. Les gars devers la haie ont jeté leur chapeau ; Les chemises de lin se collent sur la peau, Les dos fument. La fourche avec fureur disperse Les menions affaissés que le soleil transperce; Et, dans leur ^cheveau par la faux emmêlé, L'air brûlant qui les crispe a bientôt circulé. Puis, ce sont les râteaux qui sous des mains agiles. Semblent carder la plaine avec leurs dents fragiles, Avant de reformer les tas que le réveil Verra demain rouvrir aux baisers du soleil.

Dès l'aube, au jour suivant, chacun rit à l'ouvrage, Et la tâche est pareille, et pareil le courage. Les faneurs fanent dur, les faucheurs fauchent ras. Et chacun, jusqu'au soir, fait merveille des bras. Le soir est là. Beau soir aux senteurs enivrantes ! Déjà, le foin qu'on roule en meules odorantes

Page 1