LIVRE CINQUIÈME
S'accumule, et voici qu'au fond des chemins creux, Gémissent les grands chars sur les gazons poudreux. Les chars gagnent le pré, les bœufs prennent du large; Et tandis que la fourche amoncelle leur charge, Les graves ruminants au pas lent, aux pieds lourds, Du pré déjà tondu rongent l'épais velours. Un char s'éloigne, un autre ! et puis un autre encore ! Cependant la nuit vient plus douce qu'une aurore; Et, sur un même appel, les travailleurs épars, Au dernier chargement viennent de toutes parts. Le chargement fini, sur la masse embaumée. Pour bâche, le bouvier jette un lit de ramée; Et, sur le frais feuillage, en groupes triomphants, Après un rude assaut se hissent les enfants. Puis, le char, balayant les sentiers, de sa frange, Lentement, lourdement, chemine vers la grange ; Tandis que les faneurs, las du jour accablant. Chantent, au clair de lune, un refrain doux et lent.
Juillet! la fenaison esta peine achevée, Uue voici la moisson dans sa gloire arrivée.
0 moisson ! ô bienfait souriant de l'été !
Le soleil, océan de vie et de clarté,
Où les brises du jour embrasent leurs haleines,
Ruisselle en vagues d'or sur l'or mouvant des plaines.
Puis vient l'adieu du soir à l'astre flamboyant;
Les pailles sous leur poids cèdent en ondoyant;
Kt sur les épis mûrs court un frisson sonore.
Demain donc, moissonneurs! demain avant l'aurore, Demain commence l'œuvre. Et qu'à coups redoublés Le tranchant de l'acier fasse crier les blésl
Allons les faucilleurs, allons les jeunes filles, Nouez de forts liens, dérouillez les faucilles. Qu'on débarrasse Taire, et que sous les hangars Se rangent plus serrés les instruments épars! A l'étable, au fenil, ces fourrages, ces herbes; Du large! ménagez la place pour les gerbes. Pour traiter comme il sied et la paille et le grain. De la meule en plein air disposez le terrain. Pour bien asseoir la base et couronner le faîte, Que vos sommiers soient prêts et la toiture faite. Qui n'a pas préparé d'avance ses abris. Vienne le mauvais temps, aura des blés pourris.