‹ Le poème des champsChapitre 85 sur 181 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

Pour VOUS, cultivateurs, c'est aux moissons, en somme, Qu'il faut, comme un soldat au feu, juger un homme. Donc, maître et serviteurs, le glaive dans la main, Fourbissez aujourd'hui pour sabrer dur demain.

Demain! L'aube a blanchi le crêpe de la nue. La fanfare du coq sonne la bienvenue Au jour qui va paraître, et la ferme est debout. Bruit, mouvement, clameurs, allégresse partout ; Partout s'est répandu le rapide mot d'ordre : A la main la faucille ou les liens à tordre; Et pour qu'un doux espoir sourie aux plus pressés, Dans les grands paniers lourds des vivres entassés ; Et pour des soifs sans fin infaillible ressource, Dant* la cruche de grès l'eau pure de la source. Allons! que tout soit prêt! les filles, les garçons, Debout! alerte! en route! et vivent les moissons!...,

Salut à la clarté matinale et sereine !

Voici le champ de blé, vaste et riante arène,

Arène où vont bientôt liiltcr, en travaillant,

Les plus forts que défie encor le plus vaillant.

A l'œuvre tous : suivez! Le maître ouvre la brèche;

L'acier à belles dents mord dans la tige fraîche ;

Et la tige, craquant sous le fil acéré,

Se dispose en javelle et tombe en rang serré;

Et bientôt, vers midi, sous les monceaux de paille,

Notre plaine apparaît comme un champ de bataille,

Car parmi les grands blés faucilles ou fauchés,

Où le glaive a passé les vaincus sont couchés.

Mais le poids du jour gagne et le vainqueur se lasse. C'est l'heure. Pour dîner qu'on choisisse la place. Sur l'épaisse javelle en rond chacun s'assied. « Hé! servante, ma mie, holà hé! haut le pied ! » Accourez et gardez de chopper dans l'ornière. Car l'insulte et les cris attendent la dernière. Et nos gens affamés lui hurleront en chœur « Qu'elle doit rester fille et n'eut jamais de cœur. »

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